La weed ne serait pas bonne pour les poumons de la planète, selon une étude

Des chercheurs américains l’ont prouvé, chaque kilo de marijuana cultivé en intérieur est responsable d’au moins 2 tonnes de CO2 rejetées. Alors, faut-il débrancher tout projet de légalisation ?
  • Après une année de confinement et de privations, le Sénat français tirait fin 2020 la sonnette d’alarme : la consommation de cannabis en France augmentait de façon « alarmante ». En particulier, le rapport des sénateurs précisait que 60 % des saisies dans ce domaine concernait de l’herbe et non de la résine (appelée « shit »). Des plantes toute l'année ? Cela suggère que leur culture contourne les contraintes climatiques et, pour ça, il n'y a qu’une seule méthode : la culture indoor.

    Silence, ça pousse

    Faire pousser en intérieur n’est pas très difficile ; c’est pourquoi 7 % des fumeurs en France s’y sont mis. Un espace clos, maintenu à la bonne température et hygrométrie, avec beaucoup de lumière émanant par des lampes au sodium pour maximiser la photosynthèse, et le tour est joué ! La plante va croître rapidement et produire de meilleures feuilles et des « têtes » (les fleurs contenant le principe actif THC) chargées en résine, promet ce distributeur.

    Pour cela, le plant doit être exposé plus de 12 heures par jour à la lumière, et il faudra aussi maintenir une température et une humidité particulières ; de 20° à 28° selon la croissance et 20% à 40 % d’humidité. Ce qui signifie qu’en plus des lumières, il faudra compter sur des ventilateurs et une climatisation en permanence. Et tous ces appareillages sont gourmands en électricité.

    Police : « On a vu de la lumière, on est entrés »

    Les policiers l’ont bien compris : pour dénicher une plantation urbaine de cannabis dissimulée, il suffit parfois de regarder du côté des consommations d’eau et d’électricité d’un logement. Et soudain, on découvre des besoins démesurés. C’est ainsi que la police a déniché en 2018 un producteur de Haute-Vienne un peu gourmand.

    Une façon de stopper la culture illégale de la marijuana qui ne servira plus à rien une fois le cannabis légalisé, comme c’est largement le cas aux Etats-Unis. Alors que New York vient d’autoriser le cannabis à usage récréatif, l’usage thérapeutique s’est aussi démocratisé depuis la dépénalisation du Colorado en 2012 et seuls 8 états le condamnent encore.

    En France, on n’en est qu’à autoriser le CBD, sa variante soft, mais on recense déjà 1414 exploitants agricoles. Multipliez les par le nombre de lampes allumés 16 heures par jour et découvrez l’empreinte carbone de ces jolies pousses vertes. Non en fait, laissez : des scientifiques ont fait le calcul pour vous.

    Bien plus de fumée que de feu

    Lumière, chauffage, air conditionné… selon l’étude de trois universitaires du Colorado, l’impact environnemental de la culture indoor de cannabis de 1 kilo de fleurs séchées se chiffre à 2,2 tonnes de CO2 émises. Il peut même atteindre 5,18 tonnes. C’est 500 fois plus énergivore qu’une entreprise de bureaux classique.

    Ces ingénieurs précisent que le climat environnant peut nécessiter plus de chauffage ou une ventilation à même d’assécher l’air s’il pleut beaucoup dans le coin ; la culture peut alors s’alourdir de 1,5 tonne par kilo de weed récolté. Ce n’est pas fini ; il faut encore ajouter l’empreinte de la production de l’électricité, encore largement de source fossile dans le monde : 77 % de l’énergie américaine est tirée du charbon, du gaz naturel et du pétrole.

    A en croire les exemples européens, la légalisation du cannabis réduirait le trafic et les dérives des toxicomanes, et ferait entrer au moins 800 millions dans les caisses de l’Etat. Mais elle provoquerait une hausse colossale de la consommation d’énergie. Dans le Colorado, les kilowatts consommés ont grimpé de 4 % jusqu’en 2018. C’est pourquoi les chercheurs suggèrent d’accompagner la légalisation d’incitations (ou de réglementations) pour une culture en extérieur. Les champs, le soleil et le vent suffisent selon eux à faire chuter ces émissions de 46 %, voire 96 % sous serre. Et récupérer un label "cannabis bio" ?

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