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Farid Bentoumi, réalisateur de Rouge “Les lanceurs d’alerte sont des héros modernes.”

Dans “Rouge”, thriller écologique aux airs de “Dark Waters” français, Farid Bentoumi s’attaque à mettre en scène le combat d’une jeune infirmière (Zita Hanrot), fraîchement embauchée dans l'usine chimique où travaille son père délégué syndical (Sami Bouajila), pour faire éclater la vérité sur la pollution qu’engendre secrètement l’activité de l’usine. À l’occasion de la sortie du film le 11 août, son réalisateur nous a parlé du scandale de Gardanne, de sa rencontre avec des lanceurs d’alerte et en a profité pour adresser un message aux décideurs “Décidez, bougez-vous, c’est maintenant !”.

“Inspiré de faits réels”, ces quelques mots apposés sur le noir profond de l’écran d’une salle de cinéma, qu’on ne prend parfois même plus la peine de lire tellement ceux-ci sont fréquents, prennent ici l’apparence d’un curieux avertissement. Comme si, malgré tous les scandales passés et révélés aux yeux de tous, les faits semblaient être voués à se répéter inlassablement, indéfiniment. Du moins, c’est ce que trahit la voix de Farid Bentoumi lorsqu’il nous parle de l’affaire qui a inspiré son film, "Rouge", celle de l’usine Alteo de Gardanne, accusée de rejeter des boues rouges dans les Calanques de Cassis. Celle-ci met en lumière, et c’est ce que le film tend à montrer à travers les personnages de la lanceuse d’alerte, jouée par Zita Hanrot et son père, incarné par Samir Bouajila, les difficultés à concilier écologie et sauvegarde des emplois dans des industries encore souvent polluantes. 

Loin de vouloir porter une histoire de lutte des classes déjà mille fois contée, le réalisateur de “Good Luck Algeria” démontre que le chantage à l’emploi aboutit paradoxalement à des situations où la planète se retrouve la seule et unique variable d’ajustement. Ouvriers syndicalistes et patrons faussement paternalistes se battent, main dans la main, pour sauvegarder leur chère usine. La voir fermer serait synonyme de mort économique pour l’un et de déclin pour l’autre. L’ouvrier lui a dédié sa vie, le chef d’entreprise, quant à lui, toutes ses économies. Face à une commission d’enquête, ils apparaissent unis, fiers et travailleurs, dissimulant un secret honteux qui ira jusqu’à contaminer l’équilibre d’une famille aimante. C’est là où le film réussit le mieux. En inscrivant ce thriller de lanceur d’alerte dans le cocon intime de la famille et plus particulièrement dans la relation aimante entre un père et sa fille, “Rouge” se distingue de ses comparables (les très américains “Dark Waters” ou “Promised Land”) en mélangeant tragédie familiale avec scandale écologique local.

« Les lanceurs d’alerte sont souvent des personnes qui sont dépassées par leur propre destin. »

Comme dans les tragédies antiques, Nour, la lanceuse d’alerte qu’incarne Zita Hanrot, est prise dans un tourbillon et se retrouve obligée de se confronter à son père, sa sœur et son patron qui voient en elle ni plus ni moins qu’une traître. “Pour moi ce sont des héros modernes, des gens qui ont sacrifié leur vie pour le bien collectif” nous confie Farid Bentoumi. Pour écrire le personnage de Nour, il a lui-même rencontré plusieurs lanceurs d’alerte : Olivier Dubuquoy qui avait lancé l’alerte sur les rejets de boues rouges à Gardanne mais aussi Karim Ben Ali, un chauffeur routier qui s’est retrouvé au chômage après avoir dénoncé son employeur, ArcelorMittal, qui lui demandait de jeter des cuves d’acide dans la nature.

Finalement, la beauté de “Rouge” est de s’en tenir à ce vœu de simplicité : soulever les questions de sens inhérentes à l’engagement, de manière sensible et sans tomber dans un quelconque manichéisme, propre aux drames sociaux.

Rouge, de Farid Bentoumi, actuellement en salles.

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