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Dans ces entreprises, être autiste est un critère de recrutement prioritaire

Un handicap, quel handicap ? Pour les développeurs les plus pointus, l'autisme est un atout. Et pour les patrons, c'est une source de performance qui booste l’inclusivité.

Popularisé par le film Rain Man à la fin des années 80, l’autisme accédait à sa reconnaissance en même temps qu’il se retrouvait caricaturé, figé sur un seul modèle. Alors qu’il existe de nombreux troubles du spectre autistique (ou « TSA », la définition du spectre autistique), chaque personne en souffrant apparut soudain comme une sorte de génie muré dans son petit monde. Ce qui a eu pour effet de refroidir les employeurs qui voient d’un mauvais œil ce handicap en particulier. Conséquence de quoi, selon un rapport du Parlement Européen, le taux de chômage atteint 90 % chez les personnes autistes. Un chiffre qui grimpe même à 95 % des 700 000 Français touchés par ces troubles. Et ceux qui travaillent le font en temps partiel, à des postes généralement coupés du public et sous-payés. Une fatalité ? Non à en croire ce documentaire.

Réalisé par l'association Prisme, Hymne à l'inclusion montre que les idées reçues sur les TSA sont fausses. Si dans les films, les autistes n’arrivent pas toujours à s’intégrer à la société, le réalisateur Tarik Ben Salah a constaté qu’en entreprise, c’est bien souvent parfaitement réussi. Et pour cause, les psychologues notent de nombreuses qualités découlant de ces TSA dont la ponctualité, la précision, l’assiduité et l’intégrité qui toutes sont louées en entreprise. Au point que les employeurs qui ont surpassé les préjugés ont trouvé des collaborateurs hors-pair. Preuve que les objectifs de rentabilité sont compatibles avec l’inclusivité. Le meilleur exemple ? La société Avencod.

Installé à Nice, ce studio de développement informatique s’est fait une spécialité de l’intégration sociale de travailleurs reconnus handicapés et en particulier autistes à haut potentiels et syndrome Asperger. Sur la vingtaine de collaborateurs de son CEO, Laurent Delannoy, 13 sont porteuses de TSA. Un choix motivé par un humanisme certain, mais aussi parce que ces employés possèdent une rigueur très poussée et un esprit d’analyse sur-développé. « En informatique, c’est un vrai atout » rappelait à Maddyness leur patron, puisque cette exactitude évite nombre de bugs et de temps perdu à les rectifier.

« Leur manière de penser représente un vrai vecteur d’innovation en entreprise. »

Des cas isolés ? Ce n’est pas l’avis de Flora Tiébaut, spécialiste des neurosciences cognitives qui cite volontiers des qualités comme « la précision, la sensibilité aux erreurs » ainsi que « la manière de penser ‘out of the box’, qui représente un vrai vecteur d’innovation ». En d’autres termes, une perception des solutions surprenantes mais tout à fait pertinente. Pour faire profiter le monde de l’entreprise, Flora Tiébaut a lancé en 2015 Auticonsult, son cabinet de consulting en services numériques. Et ici les consultants sont… autistes.

Total zen

Finalement, l’autisme n’est pas moins compatible avec le monde du travail que n’importe quel autre handicap, à condition de savoir combler ses besoins spécifiques. On rabaisse écran et clavier pour une salariée en fauteuil roulant ? Un travailleur du spectre autistique aura quant à lui besoin d'une lumière plus douce, d'un silence olympien et du moins de stress possible. Rien qu’un casque atténuateur et quelques ampoules ne puissent offrir.

Chez Avencod, les téléphones n’ont pas de sonnerie (aucune, jamais) et les discussions ne passent que par chat. Ainsi rien ne vient troubler la concentration et la sérénité nécessaires. Un reportage de Libération évoque une salle de repos aux énormes fauteuils hyper-confort où se blottir, et du papier bulle à volonté pour en faire claquer les poches arrondies en cas de surcharge de tension. Bref, le paradis pour vous; la base pour un salarié Asperger.

L’inclusion est dans nos mains, pas dans leur tête

Alors, que manque-t-il pour que les entreprises de demain intègrent des salariés dyspraxiques, hyperactifs, bref en situation de neuro-handicap ? Quelques évolutions dans le cadre de travail, des notions de psychologie qui ne devraient pas surprendre un bon manager. Chez Auticonsult, on n’a pas hésité à ajoutre un entourage : « Nous avons un coach individuel pour 8 à 10 consultants ». Chez Avencod, on travaille la relation de confiance entre les employés avec les conseils réguliers de psychologues.

La gouvernement a lancé un grand plan autisme en 2018 pour soutenir ces changements en entreprise, proposant d’associer un accompagnement professionnel au suivi médical. Il est aussi possible pour les employeurs de se tourner vers les Centres Ressources Autisme (CRA) qui ont monté un « kit autisme » pour mieux comprendre sa psychologie particulière et s’y adapter. Car c’est la clé de l’inclusion qui fera des autistes des employés non pas « comme les autres » mais aussi performants si l’on s’en donne les moyens.

Finalement, le point le plus complexe restera d’adapter le recrutement. Car le monde de l’entreprise joue de stratégies managériales et de rapports biaisés que les personnes du spectre autistique ne décèleront jamais. Sinon, il suffit de se débarrasser de ces non-dits et double-sens dans les rapports professionnels et tout le monde ira mieux, non ?

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