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Élisa Rojas : « Les femmes handicapées ont le DROIT d’aimer qui elles veulent. »

Dans son premier roman, "Mister T & moi", Élisa Rojas raconte avec humour sa première histoire d’amour. « T. est parfait : beau, intelligent… Elisa est parfaite : drôle, intelligente et… en fauteuil roulant. » Une autobiographie qui n’est pas sans rappeler un bon soap des années 1990 qui n’exclut pas pour autant un profond ancrage politique et féministe.

Élisa Rojas est apparue dans l’espace médiatique en 2004. À l’époque, elle écrit une lettre ouverte publiée dans Le Monde et Le Nouvel Observateur critiquant Le Téléthon, jugé racoleur et bourré d’hypocrisie : « Comme chaque année, je vais encore m’énerver, toute seule, dans mon coin. À moins que… pour une fois, je décide de vous en faire profiter. Je m’appelle Elisa, j’ai 25 ans et je suis née avec une maladie génétique. J’ai une famille sympa, des amis que j’adore, j’admets que mon petit ami se fait un peu attendre, mais j’essaie de ne pas désespérer. »

Elle sera ensuite invitée dans l’émission Arrêt sur images pour débattre de l’image des personnes handicapées dans les médias. Avant de conclure, l’invité Gilles Bornstein, directeur de la rédaction de Ça se discute (France 2) évoque une possibilité de l’inviter sur le plateau. Élisa a sa réponse : « Non, je n’irai pas à Ça se discute, parce que si j’ai envie de raconter ma vie, j’écrirais un livre. »

Un militantisme qui s’affine

Depuis ce passage devant les caméras, Élisa Rojas a pris son temps pour construire son militantisme et décider comment elle voulait continuer ou non d'être présente médiatiquement. Jeune diplômée en Droit, elle se concentre d’abord sur sa carrière professionnelle : « Je ne pouvais pas tout faire en même temps. J’ai choisi un métier, dans lequel il a été difficile d’entrer, j’ai mis mon énergie là-dedans. »

Quelques années plus tard, un problème de santé l’oblige à revoir ses priorités. Elle se rend alors compte qu’elle a laissé de côté le travail militant trop longtemps. « Il se trouve aussi que ça coïncidait avec la réforme de l’accessibilité sous Hollande, en 2015. C’était la goutte d’eau pour beaucoup de personnes concernées. C’était le moment de se mobiliser. » La jeune avocate cofonde le Collectif Lutte et handicaps pour l'Égalité et l'Émancipation (CLHEE) en 2016, revendiquant, entre autres, « la promotion de représentations justes de nous-mêmes ».

« Les réseaux sociaux sont apparus à ce moment-là. Ça nous a permis de faire beaucoup de rencontres. » Elle qui adore écrire, s’essaye sous différentes formes, épistolaire (avec son meilleur ami notamment), sur les réseaux sociaux en 140 caractères (avec plus de 15 000 followers) ou sur son blog. Durant cette période, elle se pose pour rendre intelligible son quotidien et ses combats.

L’intime est politique

Mister T & moi est un livre hybride. Élisa Rojas a choisi un style « telenovela », pour rappeler ses origines chiliennes, mais aussi parce que cette forme de « soap » exacerbe les émotions, où l’amour tient une grande place. « Mon meilleur ami avait dit au départ que cette histoire était son feuilleton préféré. ». Elle la commence par la fin, et spoiler alert : elle se prend un râteau.

Son écriture est légère, pleine d’humour et implique les lecteurs. Mais cela n’enlève rien à la dimension politique de son récit. « Les rapports de force et les systèmes de domination n’existent pas seulement dans la sphère publique, professionnelle ou scolaire, ils existent aussi dans les interactions sociales, y compris les plus personnelles et intimes. Le fait de décrire et parler de nos expériences permet de le démontrer. » Sont ainsi abordées la solitude, l’auto-détestation ou encore la peur du rejet sur fond de comédie romantique. 

Pour la première fois, Élisa Rojas raconte les violences sexuelles, physiques et morales subies alors qu’elle était scolarisée, enfant, dans une institution. « J’avais envie de le faire de cette façon. Quand il y a eu MeToo sur les réseaux sociaux, je me suis posé la question. J’ai pris du recul. Je ne voulais pas esquiver dans mon histoire des choses moins drôles qui font aussi partie de la vie des femmes handicapées. »

« On considère que les femmes handicapées n’ont pas « ce qu’il faut » pour répondre à certaines injonctions de la féminité ou de la sexualité. »

Récit d’apprentissage

Sur la quatrième de couverture, le livre d’Élisa Rojas est qualifié de « roman d’apprentissage ». Des termes qui lui conviennent : « C’est très juste parce que c’était volontaire de raconter le récit d’une évolution. Je l’ai écrit comme je l’ai vécu. Je voulais qu’on m’entende à différents âges de ma vie, à 23 ans, au début, à 30 ans à la fin, mais aussi étant petite fille. » En s’exposant de façon aussi personnelle, elle comprend l’enjeu d’apporter une nouvelle visibilité pour les personnes handicapées autour de la sexualité, de l’amour, de l’amitié et du rire.

Être amoureuse d’un homme pendant des années (et qui ne l’aime pas en retour) a permis à Élisa Rojas, fan de Mad Men, d’Édith Piaf et de France Gall, de tourner en dérision une situation plus que banale. Contexte qui aide l’activiste à réaliser qu’elle se situe « entre deux systèmes d’oppression qui s’imbriquent » : le validisme et le patriarcat. « On considère que les femmes handicapées n’ont pas « ce qu’il faut » pour répondre à certaines injonctions de la féminité ou de la sexualité. »

Alors Élisa Rojas insiste et écrit dans Mister T et moi : « Les femmes handicapées ont le DROIT d’aimer qui elles veulent. […] Je sais que tout est fait autour de vous pour vous broyer et démolir le peu de confiance que vous auriez l’audace d’avoir en tant que femme, mais ne vous laissez pas faire – ne nous laissons pas faire. » 

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