bien être vache élevage

C’est voté : les éleveurs devront désormais se former au "bien-être animal"

Une grande première qui fait entrer l'obligation de mieux traiter les animaux d’élevages et qui reconnaît, implicitement, une forme de conscience.
  • Qui reveut des lasagnes ? Les scandales sanitaires concernant les élevages industriels et les abattoirs se multiplient depuis 10 ans. De la découverte de viande de cheval dans des plats congelés aux vidéos choc de l'association L214 en passant par le broyage des poussins, ces crises ont fait naître une prise de conscience chez les consommateurs de viande... autant qu'elles ont nuit à la réputation de toute une profession.

    En effet, si les reportages commandos dénoncent les dérives d’une industrie productiviste, elles font un peu vite oublier les « petits exploitants ». Des éleveurs qui s’impliquent souvent corps et âme et réalisent de nombreux efforts pour le bien-être de leurs bêtes mais qui subissent la même méfiance des consommateurs. C’est pour rétablir ce distinguo et briser l’impunité des grands groupes que le ministère de l’Agriculture & de l’Alimentation a dégainé une nouvelle mesure : le référent bien-être.

    Entré en vigueur le 1er janvier 2022, ce décret oblige les élevages à nommer, au sein de leur personnel, un responsable légal du respect des conditions de vie et d’élevage du cheptel. Celui-ci pourra donc être poursuivi en cas d'abus, ce qui incite à la prudence et devrait réduire les dérives.

    Dans un premier temps, seuls les élevages d’animaux domestiques (chevaux et chiens, notamment) et d’animaux sauvages tenus en captivité sont concernés. Mais l’arrêté ajoute une obligation de se former sous 18 mois pour les référents d’élevage de porcs et de volailles. Dans les filières bovines par exemple, elle est encouragée mais optionnelle pour le moment.

    Selon le ministre Julien Denormandie, « la mise en place de ce dispositif de sensibilisation et d’amélioration continue (...) participe à la relation de confiance renouvelée qui se construit entre nos éleveurs et les citoyens. » En clair, les éleveurs ne pourront plus être montrés du doigt par les consommateurs. Mais cette loi peut elle assurer une meilleure qualité de vie aux animaux ? Et surtout, peut elle faire changer la profession ? On a demandé.

    La vache qui sourit

    « Je trouve ça super » lâche d’emblée Marylène, éleveuse bovine installée à l'Hospitalet. A 1040 mètres d'altitude au cœur du parc national des Cévennes, elle guette depuis deux jours une de « ses filles » qui s'apprête à vêler. Ayant repris en 2012 l’exploitation de ses parents, elle se consacre à une dizaine de vaches seulement. Mais elle confie immédiatement se « sentir concernée car, le bien être, c’est l'un des piliers de son approche. »

    A l'image du bio, Marylène croit non seulement que l’obligation de se former est « une première pierre dans ce domaine, car le chemin est long » mais aussi qu’il est nécessaire aux éleveurs « d’échanger et de croiser des experts qu’on ne voit jamais ». Elle parle en particulier d'éthologues, pour mieux comprendre les comportements des animaux, mais aussi des sociologues pour mieux cerner les consommateurs.

    élevage bovin

    Pas loin de la rejoindre, la formation certifiée par le ministère se fixe pour objectif de faire assimiler « les connaissances scientifiques sur le bien-être animal » et de créer une dynamique autour des « progrès en cours ». Lesquels ?

    Sensibilité à la lumière, impact de la température, rythmes de vie... La recherche agronome et les éthologues s'intéressent justement à la conscience des bêtes et leur relation avec l'éleveur. Cette loi se révèle donc une reconnaissance scientifique de la "conscience animale" ; son versant légal était lui déjà encadré par le (fameux) article L214-1 qui reconnait que « tout animal étant un être sensible, il doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ». Mais c'est quoi le bonheur ?

    Le bonheur enfin dans le pré ?

    Retour à l'Hospitalet. Ici, chaque vache dispose de 10 à 15 hectares de liberté. Un point d’eau central les attend à la maison « pour les apprivoiser », mais deux autres sont accessibles aux bêtes dans leur parc. C’est ça, le bien-être ? Légalement, oui : « Le bien-être, aujourd’hui, on le définit comme "tout ce qui est contraire à la maltraitance", voilà tout. » Il suffit donc que l’animal soit nourri, ait à boire, ne soit pas entravé, etc. Bref, « c’est le minimum syndical ! »

    Pourtant n’est-ce pas ce que réclament les Français ? « On essaie de nous convaincre que les consommateurs, devenus consciencieux, se montrent exigents. Moi, je vois des agriculteurs qui ont envie de bien faire les chsoes et se sont questionnés là-dessus sans attendre une loi. » Ici, l’étable reste toujours ouverte et les vaches sont libres d’y aller pour trouver du foin pour ne jamais souffrir de la faim. « Et je les vois tous les jours » précise Marylène, suggérant que ce n'est pas le cas chez tous ses confrères...

    Alors, heureuses ?

    Finalement, l'apport de cette loi est double : il couvre les "bons" éleveurs légalement en responsabilisant les "mauvais", et montre que les inquiétudes des Français sont prises en compte. Conscient des dérives plus que de la souffrance elle-même, ils demandent simplement de meilleures conditions d'élevage et c’est ce que la formation pourrait apporter. Dans une étude IFOP l’an dernier, 85% des Français se déclaraient ainsi favorables à la fin de l'élevage intensif.

    Chaque éleveur a désormais la possibilité de chercher à mieux comprendre ses bêtes pour développer une relation particulière avec elles jusqu’à leur fin de vie, ou se limiter à bien les traiter jusqu’au passage de relais au négociant qui les mènera à l’abattoir. Il restera libre de son approche mais il ne pourra plus dire qu’il ne savait pas. Or, puisque cette loi découle des demandes du public, il y a de grandes chances qu’elle mène l’agriculture un peu plus loin sur la route qui relie hommes et animaux.

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