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"I am Greta", le docu qui éclaire sur la Suédoise qui veut sauver la planète

Dans nos salles cette semaine sort le documentaire "I Am Greta" de Nathan Grossman. Depuis 2018, ce réalisateur Suédois suit la jeune activiste, de ses prémices à sa reconnaissance mondiale – et ses nombreuses critiques. Mais qui est-elle vraiment ? Porteuse d’autisme, dotée d’un sens de l’humour hors-pair, combattante, jamais une autre adolescente n’a autant fait couler d’encre. Interview du réalisateur, à l'occasion de son passage à Paris.

Bonjour Nathan, avant de commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Je m’appelle Nathan Grossman, je suis un réalisateur suédois. On se rencontre car mon dernier film I Am Greta sort en France cette semaine. J’ai fait des études audiovisuelles à Stockholm et j’ai démarré en bossant pour la télévision, notamment pour des émissions régulières. 

Comment avez-vous eu l’idée de suivre Greta Thunberg qui, rappelons-le, en 2018, n’était pas connue comme aujourd’hui ?

Chaque documentaire commence souvent par un conseil. Un très bon ami m’a parlé d'elle. L’été 2018 en Suède, nous avons eu des températures très élevées avec de nombreux feux de forêts, ce qui n’est pas fréquent dans notre pays. Et des gens ont commencé à s’en inquiéter, notamment cette jeune femme, en manifestant. J’ai décidé d’aller la rencontrer, devant l’Assemblée où elle protestait.

Qu’avez-vous pensé de Greta lors de cette toute première rencontre ?

Déjà, j’ai eu du mal à la trouver ! Ce bâtiment du gouvernement est vraiment immense, avec plein d’accès différents. Je ne l’avais jamais vu... donc j’ai eu du mal. Et puis, au détour d’une rue, j’ai vu cette toute jeune fille assise par terre, seule. Je me suis assis, j’ai parlé avec elle pendant une heure, pour finalement m’asseoir toute la journée à ses côtés. Les gens n’arrêtaient pas de venir la voir, discuter avec elle. Des journalistes sont venus, etc. Ça m’a mis la puce à l’oreille, j’ai pensé qu’il fallait vraiment la suivre.

Greta ne fait pas tout ça pour la reconnaissance ou la célébrité… Est-ce qu’elle a accepté tout de suite d’être filmée et suivie ?

Je crois qu’elle a compris l’intérêt d’être filmée et de parler aux médias. L’endroit où elle s’est assise, devant le Gouvernement, c’est un passage fréquent des journalistes. Mais aussi, quand je lui ai demandé, je lui ai précisé que mon but n’était en aucun cas de perturber ce qu’elle faisait. Les premières scènes du documentaire sont filmées un peu loin, justement car j’ai voulu prendre une distance. J’étais observateur.

Comment s’est passé le tournage ? Quelles sont les coulisses de ce film ?

Dès la première semaine de tournage, Greta Thunberg a pris une ampleur dans les médias locaux. J’ai vite compris que certains articles simplifiaient qui elle était, ce qu’elle était… Ils ne voyaient pas la personne dans son entièreté. J’ai donc pris le parti de filmer moi-même, à vif. J’avais besoin d’être au plus près d’elle, de comprendre ce qu’elle était et son rôle. Et j’avais envie réellement qu’elle soit le personnage principal, qu’elle parle elle-même. Ce qui m’a touché, ce sont déjà tous les commentaires à son égard, sur Twitter, les réseaux sociaux… Mais comment est-elle au quotidien ? Comment gère-t-elle son syndrome Asperger ? Comment peut-elle être si jeune et si engagée, investie ? J’ai commencé le film avec ce genre de questions, comme s’il était possible de comprendre ce qu’il se passe dans sa tête.

« Quelqu’un est venu me voir et m’a demandé : « Est-ce que Greta Thunberg sait rire ? ». »

C’est là toute l’ambiguïté, tout a été dit sur Greta. Après l’avoir suivi un an, quelle est votre vision de la jeune activiste ? Qui est-elle finalement ?

Je me souviens d’un moment très troublant qui illustre votre question. Quelqu’un est venu me voir et m’a demandé : « Est-ce que Greta Thunberg sait rire ? ». J’ai donc compris que la perception de cette jeune femme était totalement faussée. Les gens ne la comprennent pas. Ça m’a donné encore plus l’envie de faire un portrait complet de Greta, expliquer qui elle est. De montrer les rires et les pleurs, les forces et les faiblesses. On oublie souvent avec les réseaux sociaux que c’est image simplifiée de ce que sont les gens. C’est là où le cinéma prend toute sa force, on se pose dans une salle et on regarde, on écoute, on se laisse envahir par les émotions… Et à la fin, on peut comprendre ou discuter.

Quelles séquences ont été les plus difficiles à tourner pour votre documentaire ? Le bateau pour traverser l’océan ?

J’adore cette question car oui, tout le monde pense que c’est le bateau. En fait, le plus dur était d’entrer et de rencontrer les politiques du monde entier. Avoir des discussions intimes, aller les voir, c’était un travail considérable. On avait réellement envie d’entendre ce que le Pape, ce que Merkel, ce que Macron avaient envie de lui répondre. Et comment allait-elle répondre ? On était curieux. On a mis des mois à caler ces rencontres.

Est-ce qu’après ce documentaire, on change d’avis sur Greta ?

Oui bien sûr. Au départ, je me suis vraiment positionné comme les médias, je la voyais comme une personne très sérieuse. Mais après la fin du tournage, après une année à la suivre, je la vois comme quelqu’un de drôle, de joyeux. Elle a vraiment un sens de l’humour affuté, comme les Britanniques ! Et puis, concernant les politiques, j’ai lu beaucoup d’articles sur le dérèglement climatique, mais ce film m’a permis de cerner à quel point nous sommes allés loin et que c’est grave. Et c’est d’ailleurs tous les jeunes activistes qui me l’on fait comprendre !

C’est ce qui est fort avec ces jeunes activistes, partout dans le monde. Sans langage politique ou faux-semblants, ils ont des idées construites et solides tout en étant simples, accessibles.

Je partage complètement votre analyse. À chaque interview, je me demande comment Greta et les autres jeunes arrivent à répondre si clairement et si simplement aux journalistes, alors que j’ai du mal à résumer mes propos. En adulte, je m’entends parler, je suis moins lucide. C’est une force d’aller droit à ses idées.

Après un an à suivre Greta, quelles sont, selon vous, ses plus grands combats ?

Son principal combat, celui au-dessus de tous les autres, c’est vraiment de faire comprendre à tout le monde et aux politiques que le changement climatique est une crise. Nous devons répondre à cette crise. En 2018, j’avoue que je n’avais pas vraiment conscience de ça. Aujourd’hui, on le sait toutes et tous, c’est comme une évidence. Elle milite pour faire prendre conscience que ce n’est isolé, qu’il faut le mettre dans notre agenda et que c’est connecté à toutes les autres réalités et actions. Et aussi, elle veut juste de l’action, qu’on fasse quelque chose, peu importe le bord politique ou les décisions du passé.

Ce que je trouve très puissant dans votre documentaire, c’est ce portrait de jeune femme porteuse d’autisme, au sein d’une famille solidaire, et qui va malgré tout au bout de ses idées.

La raison pour laquelle je réalise des documentaires est justement là. On a plus de temps pour faire un film. Le journaliste doit aller vite, un ou deux jours. Alors qu’avec le documentaire, on a le temps, on peut aller rencontrer la famille, comprendre dans ce cas le lien fort entre Greta et son père. C’est un film plus axé sur le syndrome de Greta, Asperger, plutôt que sur l’apprentissage d’une jeune femme dans la vie politique et sociale.

I Am Greta est très émouvant, intime, sensible. Comment a-t-elle réagi en voyant le film la première fois ?

Dès le début, mon but était de révéler qui est Greta réellement. Alors dès que le montage était fini, je suis allé lui montrer en premier. Et sa première réaction a été : « Je me reconnais vraiment bien ! C’est moi, oui ! ». On a quand même pas mal montré son côté nerd, et c’était la meilleure manière d’être sincère. Et elle a voulu que l’on en montre encore plus ! encore plus de scènes, de faits, etc. Mais bon, le film fait déjà 1h30…

Pensez-vous que ce documentaire peut faire changer les choses, surtout en matière d’environnement ?

Je ne me considère pas comme un activiste. Je suis seulement un réalisateur. Par contre, montrer et comprendre qui se cache derrière de telles personnes, cela peut inspirer d’autres jeunes et d’autres gens. Des adultes aussi, les critiques, etc. On voit Greta avec ses forces mais surtout ses faiblesses. On a montré le film en avant-première en France et le public a été fou, j’ai vu des gens pleurer, de 10 à 90 ans. C’est unique avec ce film et avec Greta, elle parle à tout le monde. Les jeunes voient son syndrome Asperger, les plus âgés une critique de leur passé…

Dernière question, son combat va-t-il s’arrêter ? Qu’en pensez-vous ?

Je vais reprendre ce qu’un jeune homme activiste m’a dit après une projection du film, « Tout ce que porte Greta ne devrait pas être sur ses épaules mais sur celles des adultes et des autres ». Après le film, on peut avoir ce sentiment de mauvaise conscience. Mais l’essentiel est de mieux la comprendre, ses combats, ses actions. France, Belgique, Australie, vous êtes des pays très importants dans le mouvement initié par Greta. Ça ne fait que commencer !

“I Am Greta” de Nathan Grossman est au cinéma le 29 septembre 2021. 

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