Ce charbon végétal peut stocker 300 millions de tonnes de CO2

Vous y voyez un bloc noirâtre et sale ? Le GIEC y voit un outil pour séquestrer les émissions de carbone à grande échelle sur les décennies à venir.
  • Le nouvel or noir

    Les jardiniers connaissent déjà bien le biochar, s’en servant comme fertilisant pour booster le rendement de leurs potagers. Pourtant la publication cet été d’une étude pourrait changer le regard sur ce charbon d’origine végétal. En effet, selon les chercheurs australiens de l’UNSW, cette matière pourrait jouer un rôle non négligeable dans la lutte contre le réchauffement climatique de par sa fonction de puits de carbone.

    Tout d’abord, il ne faut pas le confondre avec le charbon de bois classique, dont la combustion relâche des micro-particules dans l’atmosphère et émet le double de gaz à effet de serre que le gaz naturel quand il est utilisé pour générer de l’énergie. Non, nous parlons ici du biochar, ou agrichar, qui s’obtient par pyrolyse. C’est à dire qu’au lieu de brûler des déchets verts (végétaux, copeaux de bois, fumier…) à ciel ouvert, on les carbonise dans un lieu clos, sans oxygène. Une transformation dont le bilan carbone est négatif et qui emprisonne le CO2 au lieu d’en rejeter.

    fabrication biochar wikicommons

    Il en résulte différents rejets (dont un biocarburant liquide) et un bloc riche en carbone, très poreux mais parfaitement stable, donc un puits de carbone idéal. Oh, et une fois enterré, le biochar va enrichir les sols alentours. Qui dit mieux ?

    Cercle vertueux

    De nombreuses études ont été conduites depuis 2007 pour démontrer les effets bénéfiques du biochar. Par exemple, une rétention des eaux de pluie, une meilleure fertilité des sols par l’accumulation de nutriments, le renforcement de la microflore et des racines, une ré-élévation du pH sur les sols acides et une réduction des émissions de dioxyde d'azote (le NO2 relâché par les moteurs diesels notamment).

    Les bénéfices sont donc doubles : retirer du CO2 et ajouter de la fertilité à des sols, affaiblis par l’exploitation humaine, qui vont pouvoir redonner des végétaux pouvant à terme passer par la pyrolyse etc. C’est pour quantifier cet effet vertueux qu’ont planché les chercheurs de Sydney en recoupant 300 articles scientifiques du monde entier. Et ils ont de bonnes nouvelles.

    Selon le Dr Stephen Joseph, spécialiste émérite qui a conduit l’étude, le biochar augmente en moyenne « la formation de carbone organique dans le sol en moyenne à 3,8 % », un chiffre faible mais qui peut monter jusqu’à 20 %. Surtout, le carbone emprisonné le serait « pendant des centaines voire des milliers d’années ». Pas mal puisqu’une tonne de ce charbon végétal peut absorber 3,4 tonnes de CO2. Ce qui permet d’envisager de capturer ainsi à l’échelle planétaire 300 millions de tonnes de CO2.

    Faut-il rajouter qu’il réduit « de 17 % à 39 % » les métaux lourds fixés dans les végétaux plantés autour de lui pour vous convaincre ?

    Un sujet chaud

    Ce curieux charbon est une option suuplémentaire concrète et immédiate dans la lutte pour le climat, en parallèle de la réduction des émissions de CO2. Pas surprenant donc qu’il apparaisse dans les rapports du GIEC au chapitre des bonnes pratiques encouragées. Mais l’apport du biochar dépend entièrement des agriculteurs. Ceux-ci doivent s’en emparer et remplacer la pratique classique du brûlage en air libre par celle plus contraignante de la pyrolyse évoquée plus haut.

    Aux États-Unis, le programme Conservation Stewardship propose aux cultivateurs et au secteur de l’agroforesterie des aides pour s’y mettre. Mais c’est le Cameroun qui y croit le plus. A la COP26 de Glasgow, ses représentants ont annoncé le lancement d’une production de biochar à l’échelle industrielle.

    En partenariat avec la société NetZero, le pays construira une cinquantaine de centrales de pyrolyse d’ici 2030 afin de capturer 250 000 tonnes de CO2 par an. Sa première usine de 500 m² a ouvert cette année à Nkongsamba. Avec des retombées économiques à la clé, puisque le kilo de biochar se vend près de 20 €.

    En conclusion, cette piste est prometteuse à large échelle pour aider la lutte contre le réchauffement climatique mais aussi au niveau local pour réduire l’impact de l’agriculture, puisque celle-ci est responsable d’environ 18% des émissions de gaz à effet de serre de la France. Heureusement, le charbon permet de ne pas voir la vie en noir.

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