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Comment vivre avec l’idée d’un effondrement civilisationnel ? Rencontre avec Emmanuel Cappellin pour « Une fois que tu sais »

À moins de porter une choucroute jaune en guise de configuration capillaire, il semble impossible, aujourd’hui, de continuer à nier l’urgence climatique. Mais, comment faire pour accepter, vivre, avancer et continuer à croire en l’avenir une fois qu’on ouvre les yeux ? C’est tout l’enjeu du très beau film documentaire d’Emmanuel Cappellin, « Une fois que tu sais », en salles depuis le 22 septembre. Une odyssée intime qui soulève au moins autant de questions qu’elle n’en pose, et à ce jeu-là, nous aussi, nous avons souhaité apporter notre pierre à l’édifice : rencontre avec le réalisateur, qui en a profité pour nous fournir quelques clés pour mieux vivre sa « solastalgie. »

Solastalgie ? Encore un mot barbare, symptomatique d’une société qui encapsule et package chaque idée en un concept vide de sens ? Pas si sûr. Celui-ci fait référence à un mal bien identifié et de plus en plus commun. Défini comme « une détresse profonde causée par les changements perçus comme irréversible de notre environnement. » Un stress post-trauma, en somme, capable de se déclencher en chacun de nous. Pas la peine d’être catapulté sur le front d’une quelconque guerre, il suffit d’ouvrir le PDF du dernier rapport du GIEC pour en ressentir les symptômes. Mais, une fois qu’on sait, qu’est-ce qu’on fait ? Comment reprendre foi en notre avenir ? Est-ce responsable de continuer à faire des enfants ? Vaut-il mieux ne pas savoir ? Beaucoup de questions se bousculent et c’est pour tenter d’y apporter une réponse que le réalisateur Emmanuel Cappellin, confronté à la réalité du changement climatique et à l’épuisement des ressources depuis le début de ses études, nous invite à un voyage personnel. De sa prise de conscience à l’imminence d’un effondrement, à l’espoir d’une écologie centrée sur le partage et l’entraide qui nous invite chacun.e à la résilience.

Le déclencheur, c’est sur le tournage d’un film de Yann Arthus Bertrand qu’il le vit. En menant des interviews avec des scientifiques, il rencontre Charlie Veron, un grand expert de la biodiversité et de la vie corallienne : « Au lieu de rencontrer un scientifique très objectif, j’ai rencontré un homme dévasté. Sa femme et lui étaient experts tous les deux, donc ils parlaient tout le temps du changement climatique. Leur fils de 10 ans commençait à faire des dépressions, leur fille de 14 ans a dit : Moi j’arrête l’école, à quoi bon sans futur ? » Nous sommes en 2009.

Depuis Emmanuel Cappellin a fait beaucoup de chemin. Ce documentaire a été l’occasion de matérialiser cet itinéraire mental. « J’ai décidé de vivre avec ce savoir toxique » nous confie-t-il. Bien plus que sa propre histoire, il raconte ainsi celle de milliers d’autres gens qui, confrontés à la réalité du changement climatique, se retrouvent paralysés par l’angoisse et la colère. En quête de réponses et muni de sa caméra, il part à la rencontre d'experts et de scienfitiques pour comprendre comment ces derniers ne cédent pas à la résignation malgré leurs savoirs. Derrière chacun d'eux se cache une émotion différente. De Jean-Marc Jancovici où « la dure lucidité » à Saleemul Hug, au Bangladesh, qui incarne « la saine colère » de ceux qui s’adaptent déjà aux conséquences de l’activité humaine, en passant par Pablo Servigne, Richard Heinberg et Susanne Moser, « une synthèse de tout cela, qui nous amène en avant ». Car si le film part forcément d’un postulat très anxiogène, l’inévitable effondrement de notre civilisation industrielle, il nous porte au fil de sa narration vers d’autres voies possibles. « Ce savoir n’est pas seulement toxique, il est aussi émancipateur et constructeur de relations. » Un peu partout sur la Terre, les acteurs du documentaire et bien d’autres cherchent à poser les bases d’une nouvelle société fondée sur la solidarité, l’entraide et le partage.

Et si vous avez envie d’agir mais ne savez pas par où/quoi commencer ? Un guide de 150 actions concrètes accompagne le film : « J’ai eu la chance, en creusant le sujet pendant toutes ces années, de me retrouver aussi avec un trop-plein d’initiatives qui donnent la patate. » Ce guide d’action, qui s’appelle « Une fois que tu sais, qu’est-ce que tu fais » est accessible ici. Chacun.e peut choisir les actions et structures dans lesquelles il.elle souhaite s’impliquer et même en ajouter afin de « faire en sorte que cet arbre des possibles grandisse. »

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