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Des couches de bébé pour faire pousser nos légumes ?

Alors que 3,5 milliards de couches pour bébé sont jetées chaque année dans l’hexagone, une start-up spécialisée dans le compostage a eu l’idée d’utiliser ces déchets humains si bêtement gâchés. Une expérimentation très encourageante suit son cours à Paris.

Dans le dix-huitième arrondissement de Paris, la crèche parisienne Crescendo Ptit D’homme fait partie des dix établissements parisiens qui participent à la phase d’expérimentation du projet Les Couches fertiles. Le principe : ne pas bêtement jeter les couches « pleines » mais les récupérer pour en faire du compost.

"Nous étions déjà dans une démarche de tri et de réduction du plastique au maximum donc ça complétait bien tout ce qu’on faisait déjà. Rien qu’avec les couches, on utilise environ 150 litres de sacs poubelle par jour, 225 jours par an. C’est notre plus gros volume de déchets ", reconnaît Laurence Villiers, la directrice de la crèche. Concrètement, le personnel  dépose aujourd'hui dans un bac spécifique les garnitures usagées et malodorantes qui sont ensuite collectées trois fois par semaine.

Un coup d’essai raté

C’est la start-up Les Alchimistes, implantée en Seine-Saint-Denis et  spécialisée dans le recyclage des biodéchets, qui est à l’origine du projet Les Couches fertiles et qui se charge de cette collecte. La première année d’expérimentation, avec des couches classiques jetables, n’a pas été optimale. « Malgré le tri, on trouvait encore du plastique dans la soupe organique qui se transforme en compost», explique Maïwenn Mollet, la responsable du projet.

Les couches utilisées par les dix crèches n’étaient en effet pas vraiment recyclables. La start-up a alors sollicité la marque bretonne Les celluloses de Brocéliande qui a accepté de produire des couches 100% compostables, sans résidu de plastique, et de les mettre à disposition des crèches qui participent à ce projet. 

« Cette expérimentation entrait dans notre démarche RSE pour améliorer la fin de vie de nos produits. Nous avons changé la composition de nos couches pour utiliser des polymères bio-sourcés et biodégradables suffisamment absorbants pour que le bébé reste au sec. Nous espérons pouvoir mettre ses couches compostables sur le marché en 2022 », se réjouit Eric Vilmen, le responsable R&D des Celluloses de Brocéliande.

Des “tomates délicieuses" aromatisées aux couches

Les nouveaux prototypes souillés mais biodégradables collectés dans les pouponnières sont acheminés sur le site des Alchimistes à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Cette ancienne station-service qui a trouvé une nouvelle vie a été rebaptisée le « Couches Fertiles Lab ». « C’est un chouette endroit. On va en faire une vraie vitrine de la boucle vertueuse des sols vivants », s’enthousiasme déjà Maïwenn Mollet.

Les couches usagées y sont moulues puis injectées dans un composteur avec d’autres intrants comme du broyat de bois et différents déchets organiques. A la sortie, le compost est testé sur des cultures non maraîchères au sein même du Couches Fertiles Lab.

« Notre objectif est de créer une nouvelle filière d’économie circulaire et c’est la dernière étape avant l’industrialisation et la commercialisation », poursuit fièrement la responsable du projet. Aujourd'hui, la vente de ce compost de couches-bébé est interdite en application du principe de précaution mais Les Alchimistes espèrent bien faire évoluer les normes.

 « On a déjà fait des tonnes d’essais. On a fait pousser des tomates avec ce compost de couches et on les a mangées. Elles étaient délicieuses », se délecte Maïwenn Mollet. La start-up collabore désormais avec l’école d’ingénieurs agronomes AgroParis Tech pour mener des expérimentations qui doivent lever toute crainte sanitaire et faire homologuer ce process révolutionnaire.

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