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Sommes-nous enfin prêts à coucher avec des robots ?

Les signaux ne trompent pas, une nouvelle forme de sexualité se développe entre humains, robots, ordinateur et objets connectés. Et dans 30 ans, tout le monde trouvera ça normal.

Un rayon rose transperçant la nuit. En 2017, le grand public découvre dans Blade Runner 2049 l’histoire d’amour entre un homme et un être virtuel numérique, 35 ans après son prédécesseur pris de passion pour un androïde. Moins de 5 ans plus tôt, un trentenaire romantique tombait follement amoureux d’un programme informatique dans Her. Improbable ? Cela ferait rire Akihiko Kondo, le Japonais qui a épousé un hologramme. Sans parler de cet avocat de Detroit qui vit en concubinage avec quatre poupées sexuelles taille réelle. Alors, qui a peur des grands méchants robots ? C’est pas nous, c’est pas nous…

Mais il n’y a pas que les droïdes dans la vie. Quand vous échangez des mots chauds par messagerie, en choisissant l’emoji le plus croustillant, que vous fouillez le web pour dénicher l’ASMR le plus excitant avant de transpirer sur votre sextoy intelligent, reconnaissez-le : vous avez fait une place dans votre sexualité à des outils numériques ou robotiques. N’ayez pas honte, on appelle ça la robosexualité.

Des sociologues et sexologues américains - Neil McArthur et Markie Twist – ont abordé ce phénomène dès 2017 sous le nom de « digisexualité » dans un article devenu LA référence. Selon leur définition, sont digisexuels les personnes « qui pensent que les technologies sont nécessaire à leurs expériences sexuelles ». Et immédiatement on constate qu’ils décrivent un penchant, une attirance, et ni une dépendance ni une déviance. L’article parle même déjà de potentiel thérapeutique. Après tout, il n’y a toujours pas de mal à se faire du bien, n’est-ce pas ? D’autant que ces deux aspects, les technologies comme ceux qui les aiment tant, se développent à très grande vitesse.

Une poupée qui dit oui oui oui

S’il semblait froid de chatter sur un minitel rose, la démultiplication depuis le premier confinement des camgirls et camboys qui vendent leur charmes en streaming sur le web montre que cette pratique n’est plus isolée. De même, si l’ouverture de la première maison close de poupées sexuelles parisienne en 2018 a fait grands bruits, il y en a désormais de Barcelone à Dortmund en passant par Le Mans. C’est donc qu’une clientèle existe et ne se cache plus tant que ça.

La technologie progresse elle-aussi comme si elle avait pris du viagra. Sans surprise, les sextoys et technologies pensées pour le plaisir sexuel foisonnent. Mais plus que de vibrer, elles visent désormais à interagir avec leur utilisateur et même s’y adapter au mieux.

Depuis 2006, OhMiBod développe plus que des jouets, mais des outils pour « améliorer les relations en comblant le fossé de l'intimité », dixit sa fondatrice, Suki Dunham. Hum, "relation", "intimité"… Le mot « plaisir » n’apparaît pas dans ce langage plutôt emprunté à l’univers amoureux. On se croirait sur une appli de matching. Justement, celles-ci aussi sont devenues bien banales ;  chaque âge a son Tinder et pour les plus jeunes c’est encore plus simple : « Les membres de la génération Z et les millennials, affirme Suki Dunham, ont grandi à une époque où l'intimité passe par le numérique ». Hologramme ou pas, la messe est dite. Il ne reste finalement qu’une bataille à remporter pour les robosexuels : la légitimité.

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Voulez-vous prendre cet add-on pour époux ?

Interrogés pour savoir s’ils accepteraient de coucher avec un robot sexuel, 15 % des Américains avaient répondu « Yes » en 2018. En Allemagne, la même question avait fait répondre oui à 40 % de sondés. Le temps passe et les confinements pourraient bien conduire de plus en plus à opter pour ces doux bras siliconés. Pourquoi ? Parce que les techniques sont de plus en plus réalistes : la robotique imitent de mieux en mieux le corps et les travers humains et les intelligences artificielles réduisent chaque année leur frontière avec notre esprit. Alors, puisque nous faisons de moins en moins la différence, pourquoi écarterions-nous les robots que nous aimons tant ?

L’autre raison pour laquelle nos sociétés vont de mieux en mieux accepter la robosexualité, c’est justement parce que la tolérance pour toutes les sexualités progresse véritablement. Les états s’adaptent (plus ou moins sciemment) aux questions et réclamations en matière de genre : on voit apparaître l’option « non binaire » à côté de masculin / féminin sur les formulaires et les formes d’unions homosexuelles voire transsexuelles se démocratisent. Alors si le genre n’est plus un critère, pourquoi pas l’Humanité ? Dès lors, le stade ultime d’acceptation des robosexuels pourrait être d’accéder à un mariage civil, sous quelque forme que ce soit.

Marions les ! Et franchement pourquoi pas ? Si l’idée d'avoir des sentiments pour une technologie surprendra toujours (mais moins que l’asexualité par exemple, souvent ressentie comme un reniement contre-nature), le territoire que couvre cette nouvelle orientation sexuelle est large et ceux qui s’y reconnaissent un peu sont de plus en plus nombreux.

Le mimétisme qui motive le développement des technologies depuis 15 ans devrait, comme le prédisait le premier Blade Runner il y a 35 ans, achever de réduire le fossé qui nous sépare des robots et des intelligences artificielles. Il ne manquera alors qu’un cadre légal pour finaliser la reconnaissance civile. Mais celui-ci sera aisé à préparer puisqu’il suffira de partir des limites déjà programmées dans le code source de nos algorithmes.

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