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Tourisme de masse : l'exemple de l'Espagne et de l'Islande, en guerre contre les locations Airbnb

Vous pensiez que l’avion était le seul méfait du tourisme ? Vous allez comprendre pourquoi il est urgent d’encadrer les locations de type Airbnb. Deux pays nous montrent la voie ; suivez le guide.

La ville lumière. La « capitale de la mode » aussi. Mais surtout « la cité de l’amour »… Ce n’est un secret pour personne, Paris fait rêver les touristes du monde entier. En 2019, notre capitale était le premier marché mondial d’Airbnb avec 65 000 logements proposés. Certains étaient même disponibles toute l’année : 4100 de ces meublés étaient loués 255 jours par an au moins selon Airbnb, ce que la mairie conteste en avançant des chiffres doublés. C’est peu dire que sa condamnation à verser 8 millions d’euros d’amende à la ville de Paris en début de mois a déplu a la licorne américaine.

Car ce véritable marché parallèle faisant de l’ombre aux hôteliers pourrait être fatal en période de relance économique, après l’arrêt brutal de 2020. Mais il y a plus grave : ces meublés à tarifs réduits sont autant de logements qui disparaissent du marché immobilier. Ce qui a pour effet d’augmenter le prix du mètre-carré et de repousser les habitants en banlieue. Ce n’est plus le secteur du tourisme qui accuse le coup mais tous les étudiants, précaires et familles monoparentales dont le pouvoir d’achat baisse. Éloignés, ils doivent emprunter plus de transports, ajoutant encore aux bouchons et à la pollution atmosphérique. Tout ce que résume le terme de gentrification.

Tourisme = éruption volcanique

Le meilleur – ou le pire – exemple de ce phénomène peut être vu en Islande. A Reykjavík, la rue Laugavegur compte pas moins de 100 appartements transformés en Bed & Breakfast. Tout cela sur UNE seule rue. Dans tout le pays, un rapport a estimé qu’il y en avait 124 % de plus qu’en 2019. Qui stoppera la coulée de lave ?

Là-bas, le tourisme est un secteur jeune qui s’est pratiquement créé avec l’explosion du volcan Eyjafjallajökull. Pourtant en 2018, le pays (une île dont la partie centrale est un glacier impraticable) a attiré quelque 2,3 millions de touristes sur ses routes. C’est 6 fois plus de personnes que l’Islande ne compte d’habitants. De nouveaux hôtels bétonnés apparaissent comme des champignons, y compris dans des zones protégées ou vulnérable. « Dans les régions les plus visitées, notamment le long de la route qui fait le tour de l'île, vous voyez beaucoup de signes de dégradation » s’attriste Landvernd, principale association de défense de l'environnement.  Et les loyers ? Ils ont doublé en l’espace de 6 ans.

Bien que cette manne lui ait apporté en 2020 encore 35 % de ses recettes, le pays nordique a décidé de reprendre la main sur cette prolifération. Une loi a donc été votée en 2016 pour fixer un cadre juridique à ces locations. Désormais, pour pouvoir louer son appartement, ou une pièce à l’intérieur de celui-ci, il faut d’abord obtenir une licence. Cela signifie fournir des informations précises aux autorités et payer des frais d’inscription. Pas grand-chose, une soixantaine d’euros, mais soudain vous achetez le droit de louer et devenez responsable légalement de vos locataires.

Car c’est un second problème rarement évoqué : les résidents ne supportent plus d’avoir des fêtards pour voisin avec une musique hurlante plusieurs soirs par semaine. Avec la fermeture imposée des boîtes de nuit, les Londoniens se sont tournés vers Airbnb pour organiser chaque soir de grandes fêtes réunissant jusqu’à 100 personnes, avec les risques sanitaires qu’on imagine.

Accusée de laisser faire pour éponger les pertes des confinements, Airbnb a fini par « décréter une interdiction globale des fêtes et des événements » à ses usagers en Août dernier. En Islande, on ne les a pas attendu pour régler le problème : une cour de justice a fait jurisprudence sur ce point et il vous faut d’abord recueillir l’accord express des autres résidents pour mettre votre appartement sur une plateforme. De plus, le nombre de jours autorisés pour l'accueil de sous-locataires dans votre appartement est désormais limité à 90 jours par an, dont 30 consécutifs. Ainsi une copropriété reste entre les mains de ses habitants et non des touristes de passage.

Calmos à la playa

En Espagne aussi, on a tiré la sonnette d’alarme. Attirés par les plages et les nuits où l’on ne dort jamais, les touristes ont ici quadruplé en 10 ans. Les vols low-cost se multiplient de même que les croisières, ce qui accentue le réchauffement de la ville (un seul paquebot pollue autant que mille voitures). Lassé des excès des touristes omniprésents sur les ramblas qui ont provoqué une explosion des dealers et pick-pockets, la ville a durci le ton. À commencer par les BnB, qui ont décuplé eux aussi.

Pour empêcher qu’ils trustent l’immobilier, la ville rachète 30 000 m² d’immeubles dans le centre historique qu’elle transforme en bureaux et incubateurs. Ici aussi on limite la durée des séjours en BnB et il faut s’enregistrer pour pouvoir louer son bien. Le nombre d’autorisations est limité et à Barcelone il a été atteint… en 2014. Ceux qui tentent de passer outre le paient cher : Airbnb et Homeaway ont dû verser 600 000 € pour avoir présenté des annonces de loueurs sans autorisation.

Suivant l’exemple national, les Baléares ont appliqué la même répression depuis 2017 en imposant un numéro de licence et une limite à 60 jours loués par an. Les fraudeurs – propriétaire comme plateforme – courent le risque d’une amende salée pouvant atteindre 40 000 €. Quant au locataire, la copropriété peut le dénoncer s’il ne respecte pas « les règles de coexistence ou le règlement intérieur » déclenchant son expropriation sous 24 heures. Adios!

En finir avec le tourisme de masse

Nordique ou ibérique, les legislations ont fini par payer. Le nombre de logements disponibles réduit globalement. Mieux : pendant le confinement une bonne part d’entre eux ont quitté les plateforme pour redevenir des logements dont les loyers ont baissé de 4,5 %. Face aux dégradations, à la gentrification et à la hausse de la prostitution qu’accueille aussi ces BnB, la France a suivi l’exemple de ses voisins.

A Paris, un plafond de 120 nuits par an a été fixé et l’obligation d’enregistrer les meublés. Comme un millier d’entre eux ne l’étaient toujours pas cette année, la plateforme californienne (mais fiscalement domiciliée en Irlande) a été condamné à payer une compensation de plus de 8 millions d'euros à la mairie. Booking et d’autres s’étaient, elles, mises en conformité. Elle envisage désormais de créer des quotas de chambres touristiques par quartier. A Lyon, tout propriétaire exploitant meublé doit également proporser un logement en location "classique". Sans quoi, l'amende sera de 21 000 €.

Autre piste d'inspiration pour la France, l’Islande a imposé un plafond de revenus tirés de la location d’une résidence (moins de 15 000 € par an). Mais punir ne suffira pas, c’est tout le tourisme qu’il faut repenser, pour en gommer les aspects néfastes. L’Espagne tente de diversifier son offre : cyclotourisme et découverte des zones rurales espèrent réduire la sur-fréquentation de ses stations balnéaires, tandis que l’association Palma 21 propose carrément de réduire les chambres d’hôtels disponibles pour pousser les touristes plus profonds dans le terres.

Au printemps, un sondage Ifop annonçait que 4 Français sur 10 seraient OK pour payer plus cher pour avoir un séjour éco-responsable. Il ne reste qu'à saisir la tendance pour réorienter les touristes. Une tendance que les Californiens ont bien saisi, eux : Airbnb propose désormais un onglet « En pleine nature »…

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