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Monde d'après : comment la Covid-19 va nous transformer en touristes plus responsables

Il y a bien sûr la distance : plus on va loin, plus on pollue. Mais d’autres paramètres entrent en compte lorsque l’on veut définir les contours d’un tourisme vraiment durable. Professionnels du secteur et administration tentent en ce moment de lire les nouvelles envies des Français, boostées par la Covid-19 et le réchauffement climatique.

Alors que le monde rouvre lentement, au rythme des étapes du déconfinement, mais aussi et surtout des aléas de la campagne de vaccination, les Français, comme chaque année à l’approche de l’été, pensent déjà à leurs vacances toutes proches. Nous sommes début juin, et si habituellement les locations saisonnières, circuits touristiques et autres vols sont déjà réservés depuis plusieurs mois, tous les indicateurs tentent à montrer que face à l’incertitude liée à la sortie de crise de la Covid-19, nos concitoyens condamnés à réserver au dernier moment vont, à l’image de ce qui s’est passé durant l’été 2020, rester en France.

Selon le service communication des Gîtes de France par exemple, la tendance aux vacances proches de chez soi, et surtout à la campagne, ne faiblira pas cet été. On se souvient que le sud-ouest avait notamment tiré son épingle du jeu l’an dernier, envahi par un nouveau type de Français qui, habituellement, quittaient systématiquement leur pays en juillet ou août. Le nombre de nuitées réservées ont ainsi augmenté de 17% dans le département de la Dordogne, selon les chiffres de l'Observatoire de l'Économie Touristique du département.

Au-delà des limitations géographiques encore liées à la propagation du virus en dehors de nos frontières, encore très incertaine dans de nombreux pays, les professionnels du secteur se demandent si la prise de conscience de l’année dernière n’aura pas poussé les Français à envisager la période estivale d’un autre œil. D’une part, parce que notre pays regorge de trésors parfois méconnus, que la population fut ravie de (re)découvrir en juillet et août 2020. Mais également par souci écologique, guidés par une nouvelle éthique de l’évasion. Prendre l’avion pendant des heures pour aller passer une semaine à l’autre bout du monde semble lentement décliner dans les manières préférées de s’évader.

La survie du secteur passe par le tourisme responsable

Le gouvernement a senti le vent tourner et propose ainsi, jusqu’au 20 juin, une consultation citoyenne dédiée au tourisme responsable. Les potentiels voyageurs sont invités à partager leurs idées sur une plateforme, qui a recueilli jusqu’ici les avis de plus de 18000 participants. "Il faut insister sur la promotion du circuit court d'alimentation et l'utilisation des monnaies locales", y a écrit Walter, 61 ans. "Il faut promouvoir les itinéraires cyclistes de voyage au-delà de la communauté vélo, cela passe par plus de sécurisation de la pratique", propose Morgane, 30 ans.

La fédération des Entreprises du Voyage, asso de professionnels du secteur à l’origine de cette idée, attendent beaucoup des retours des touristes. "Notre métier d’intermédiaire nous offre un rôle d’influence considérable vis-à-vis des voyageurs", analysait récemment Lionel Rabiet, président des EdV Ile-de-France, auprès du magazine destiné aux pros du secteur, L’Écho Touristique. "La crise de la Covid a un petit peu ralenti nos velléités, puisque nous luttons pour notre survie depuis presque un an. Mais le tourisme responsable, c’est aussi notre survie."

Nécessitant faisant loi, cette démarche fait suite aux réflexions menées par le secteur au sein du Comité de filière tourisme. "Nous sommes rentrés dans cette décennie d’action, pour atteindre les fameux objectifs du développement durable adoptés à l’ONU", avait annoncé début mai (au début de cette consultation) Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au Tourisme. "L’industrie du tourisme est l’un des secteurs les plus bouleversés par la crise sanitaire. Ce genre de période amène une accélération des transitions. Nous sommes tous des pays en voie de développement durable."

55% des Français prêts à choisir une destination en fonction du taux d'émission de carbone

Selon une étude réalisée en avril par l’institut de sondage IFOP, 85% des Français se disent "intéressés par un tourisme plus durable", et 61% d’entre eux sont prêts à payer plus cher des produits locaux (44% à payer l’entièreté de leur séjour plus cher). Hébergements, moyens de transport, activités… Tous les domaines sont en pleine mutation éthique, une nouvelle prise de conscience qui s’ajoute à l’aspect "pollution au CO2".

Bien que ce soit le plus gros changement de paradigme de cette crise, la crise Covid-19 est elle-même boostée par une autre, celle du réchauffement climatique (55% de nos concitoyens s’avouent disposés à choisir une destination en fonction du taux d'émission de carbone des avions). Mais ce n’est plus le seul paramètre profitant à un tourisme du futur vraiment écologique. Les Grands Sites de France communiquent par exemple sur un allongement de la durée des séjours, en mettant aussi en avant des prestations de meilleure qualité, des produits locaux, et en tentant de mobiliser les habitants dans le processus. Moins de déplacements pour les humains et les produits qu’ils consomment semble être la façon la plus simple de préserver la planète.

Le département du Maine-et-Loire a par exemple adopté le Passeport Vert, un sésame créé par l’ONU. Il veut faire du développement durable une stratégie touristique à long terme. Des circuits courts mêlant cuisine locale, hébergements d’excellence et activités respectueuses de la nature sont au programme de cette sorte de "label tourisme durable". Une série d'initiatives politiques ont ainsi fait d'Angers la "ville la plus verte de France".

Reste à savoir si les classes moyennes et populaires pourront continuer à suivre financièrement la montée en gamme de l’offre hexagonale. Il serait bien dommage qu’il devienne plus onéreux de visiter son propre pays que de voler au bout du monde pour nourrir une économie étrangère.

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