Le RAVAD, un réseau d’avocats gay-friendly qui combat l'homophobie

Mais ces juristes attaquent aussi toutes les discriminations d’identité de genre ou d'orientation sexuelle. Car hélas, les agressions et refus de droits se multiplient jour après jour...
  • Pour la première fois, les agressions à caractère homophobes ont baissé en 2020. Il n’en reste pas moins que près de 1600 personnes ont été agressées au motif que leur sexualité déplaisait. Une baisse de 15 % qui contraste après deux années où l’on enregistrait une flambée de plaintes : en 2019 et 2018, les enregistrements augmentaient de 30 % de plus par an. Au milieu d’une année noire, cette bonne nouvelle apparaît presque incroyable. En vérité, on devine qu’elle n’est dû qu’au confinement des agresseurs et aux victimes qui n’ont pu se déplacer pour porter plainte… Car c’est là le cœur de ce problème de société : les signalements de ces délits en commissariat et gendarmerie manquent à l’appel.

    Le Ministère qui communique ces chiffres rappelle aussi hélas que seulement "20 % des victimes de menaces ou violences "anti-LGBT" et seulement 5 % des victimes d’injures "anti-LGBT" déclarent avoir porté plainte". Pourquoi ? Par crainte de représailles et de moqueries, notamment de la part des policiers, mais aussi parce que les victimes craignent que cela ne serve à rien. C’est là que se dresse le RAVAD, un réseau d’avocats pas comme les autres.

    Robes noires pour nuits blanches

    Le Réseau d’Assistance aux Victimes d’agression et de Discrimination s’est créé en 2005 en regroupant une quinzaine d’association luttant pour le respects des droits des personnes LGBTQ+ : Lesbiennes, Gays, Bisexuel-le-s, Transexuel-le-s et variantes. Monté par deux avocats, il est né d’une réaction à l’affaire Nouchet, trentenaire homosexuel hospitalisé pour immolation ; après que la justice a finalement tranché pour un non-lieu (très contesté), il est apparu urgent de défendre les victimes d’homophobie et transophobie dans toutes les situations. Depuis, les juristes et avocats du réseau n’ont pas eu le temps de se tourner les pouces tant les cas sont nombreux dans toute la France.

    « Une personne sur deux qui se se définit comme homosexuelle, bisexuelle ou transgenre a déjà été victime d'une agression homophobe (IFOP). »

     Encore ce mois de mai, on a condamné le guet-apens homophobe organisé en mars 2019 par trois agresseurs de Drancy à l’encontre du jeune Kevin. il croyait rejoindre un « match » de l’application de rencontre Smax ; il a été tabassé et poignardé au couteau. Le procès aura pris 2 ans ; un seul agresseur a pour le moment été condamné. C’est là le drame : peu de plaintes aboutissent à des condamnations (l’intention l’homophobe étant difficile à prouver dans les faits).

    En 2019, douze étudiants de La-Roche-Sur-Yon étaient relaxés après avoir été accusés d'injures homophobes et de dégradations dans un village associatif. En leur imposant des  travaux d'intérêts généraux, le jugement se limitait aux actes et non au caractère anti-LGBT alors que des lois protègent tous les identités de genre et sexualités.

    Hélas, dans leur recrudescence, si un tiers des actes anti-LGBT sont des injures et outrages, plus d’un quart d’entre eux sont des agressions physiques et sexuelles. Au point que selon une étude de l’IFOP menée de 2018, 52 % des personnes se définissant comme LGBT ont déjà connu une agression à caractère homophobe. Le RAVAD se donne pour mission d’écouter tout signalement d’agressions et de discriminations, avant d’assister les victimes par un conseil juridique et une mise en relation avec des spécialistes du Droit et ou de la Santé. Mais leur action ne se limite pas aux attaques ni ne s’arrêtent aux prétoires des cours de justice.

    Un réseau plus large que la haine

    Moins évoqué dans les médias, l’homophobie et la transophobie s’étalent sur bien des terrains qui vont du bureau aux cliniques en passant par les services publics. C’est pourquoi, la mission de conseil juridique du RAVAD s’étend aux domaines comme l’homoparentalité, la protection des enfants, et le respect des droits à l’image. Ils accompagnent les demandes de PMA comme les PACS, vérifient que les droits du travail ne sont pas bafoué dans des situations de harcèlement sur le lieu d’exercice, dans des contrats d’embauche ou pour l’obtention d’un logement, d’un crédit, d’une assurance… Bref, ces héros du barreau traquent les injustices partout.

    Depuis leur existence, les gouvernements ont rattrapé leur retard. La création de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) a pu aider à mener certaines actions. Mais encore faut-il la saisir selon des règles précises. Là encore, le RAVAD accompagne la rédaction de dossiers et précise "qu’une proximité de défense est le seul moyen de combattre sur le plan judiciaire ces discriminations" plutôt qu’au sein d’une haute autorité administrative.

    L’annonce du lancement d’une plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles ou la loi obligeant les réseaux sociaux à censurer toute forme d’injure homophobe sont indéniablement des progrès. Mais ces nouveautés rappellent surtout que l’homophobie s’étend et gagne des territoires nouveaux notamment virtuels. Tant que ce sera le cas, on aura besoin d’hommes et femmes de loi pour les repousser.

    Pour tout signalement, contacter le RAVAD au 06 1755 1755 ou urgence@ravad.org

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