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Bientôt des constructions avec des briques en plastique recyclé sur l’île de Ré

L’Ile de Ré est victime d’un tourisme de masse qui laisse des traces de pollution à répétition sur son littoral. Une association rétaise a trouvé une solution pour revaloriser les nombreux déchets plastiques qui jonchent les plages en les transformant en une matière première destinée à la fabrication de briques…de synthèse. Le plastique devient alors une ressource au lieu d’un fléau environnemental.

Tristan de Perseneer, le cofondateur de l’association L’Apporte-Bonheur a remarqué qu’il y avait de plus en plus de ramasseurs de déchets sur les plages de la très touristique île de Ré, et que rien n’était fait pour recycler tous ces plastiques abandonnés par leurs propriétaires. « A Ré, ce n’est plus du tourisme de masse mais du sur-tourisme. 80% des maisons sont des résidences secondaires et ce tourisme ne profite pas aux locaux car sa dépollution coûte plus chère que ce qu’il rapporte » assène-t-il.

Precious Plastic, un projet open-source de recyclage du plastique

Alors Tristan de Perseneer a cherché un moyen de revaloriser les déchets. Et l’idée des briques a germé petit à petit. Tout a commencé en Amérique du Sud avec la rencontre d’une entreprise qui cherchait des matériaux de construction innovants. « L’idée motrice c’était que les citoyens captent les déchets plastiques, les concentrent et en fassent des briques qui serviraient à fabriquer leurs maisons. Inviter à dépolluer la planète avec une maison en échange, c’est quand même sympa ». Sur le papier, c’était génial effectivement. Concrètement, Tristan a dû faire preuve de patience. Le déclic est venu avec Dave Hakkens, un designer néerlandais, et son projet Precious Plastic. Basé sur l’intelligence collective, celui-ci consiste à mettre au point des techniques et à monter des unités artisanales pour recycler les matières plastiques… notamment en briques synthétiques à la demande de L’Apporte-Bonheur ! Sur le modèle du logiciel libre, chacun, au niveau mondial, peut utiliser et faire évoluer la solution sans restriction.

« En 5 ans, on a obtenu une brique satisfaisante. »

Il y a deux ans, au salon du design d’Eindhoven, tout était fin prêt pour faire une démonstration. « Le plastique est broyé puis on détruit les agents toxiques par thermofusion. Les déchets sont ensuite transformés en paillettes. On les fait monter en température et enfin on injecte le tout dans les moules en acier. En 5 ans, on a obtenu une brique satisfaisante » détaille le président de L’Apporte-Bonheur. Au final, une petite heure est nécessaire pour obtenir une brique et 50 000 euros pour acheter la machine qui va la fabriquer.

Un parpaing élastique qui résiste aux séismes

Franchement, les propriétés de ce parpaing de synthèse sont étonnantes. Selon Tristan de Perseneer, c’est un bon isolant thermique et phonique. Son élasticité lui permettrait également de mieux résister aux tremblements de terre que le béton, qui, lui, se fissure ou se craquèle. De même, ces briques n’ont pas besoin d’être collées au mortier. Elles s’emboîtent les unes dans les autres selon un modèle inspiré des célèbres Legos, conçu par Rory Dickens, un architecte de la bande Precious Plastic. Petite note esthétique : elles peuvent être fabriquées de toutes les couleurs à partir de la teinte originelle du déchet. « On pourrait se lancer dans un truc de ouf pour reproduire la pyramide de Giseh en briques plastiques, ça pourrait être une œuvre d’art » se prend à rêver le fondateur de L’Apporte-Bonheur.

Des briques déjà utilisables pour du mobilier urbain

Pour l’instant, ces parpaing nouvelle génération ne peuvent être utilisés que pour du mobilier urbain comme des séparations de parking, des bacs à marée (pour y déposer les déchets maritimes), des poubelles, des garages à vélo ou des murs pour les événements artistiques. Mais c’est bien une économie circulaire que l’association est déterminée à mettre en place. « Avec tout ce qu’on a déjà ramassé sur Ré, on aurait de quoi faire une maison d’une pièce avec les cloisons pour la séparation de la salle de bain et des toilettes ».

La brique synthétique comme solution à la pollution plastique

Même si les normes françaises ne permettent pas encore d’envisager la construction d’une maison avec ces briques, ce projet d'habitation alternative permet d’éradiquer la pollution plastique du littoral rétais tout en se réappropriant le territoire de l’île qui subit de plein fouet l'inflation délirante du foncier dû au sur-tourisme. Et l’ultime fantasme de Tristan, c’est, qu’un jour, par élan de solidarité, les gros propriétaires fonciers locaux cèdent un bout de leur terrain à de jeunes rétais qui peinent à se loger. Tout ça pour qu’ils puissent enfin construire leur maison…avec des briques en plastique.

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