Biscuits, couverts, tabourets... en recyclant la bière, on peut TOUT faire

Vous, vous finissez toujours votre verre ; mais les cuves, elles, laissent des déchets. Heureusement, des brasseurs ont trouvé comment les rendre utiles.
  • Qui veut faire sa propre bière ? Le brassage, c’est pas compliqué, c’est une recette de cuisine. Ce qu’il vous faut, c’est de l’orge. C’est l’ingrédient qui détermine la couleur et la saveur de votre bière. On va d’abord le faire tremper et germer pour créer du malt, lui-même broyé puis cuit. A la fin du brassage, les enveloppes des céréales sont récupérées et jetées. On appelle ces déchets des « drêches » et c’est dommage car, s’ils sont pas directement mangeables, ils sont riches en fibres, protéines et minéraux.

    Là, vous demandez si, au lieu de les balancer à la poubelle, on ferait pas mieux de leur donner une deuxième vie ? Apprenez que la France est le 1er exportateur de malt au monde, qu’elle en produit chaque année 1,3 million de tonnes à partir des 10 millions de tonnes d’orges récoltés chez nous. Alors oui, on peut faire mieux. Mais certains ne vous ont pas attendu pour sauver la poule aux œufs d’orge.

    L’économie circulaire paie sa tournée. En Bretagne, ces résidus céréaliers deviennent… des gâteaux apéritifs.  Quoi de plus évident ? A la Brasserie de Dinan, les deux patrons ont fait le calcul : Christophe et Marek récupèrent une demi-tonne de drêche humide par mois. Ils la font sécher, la cuisinent avec de l’huile d’olive et du fromage – notamment un excellent Comté – et en font les Beach’cuits, des crackers éco-responsables. Un seul kilo de drêche séchée permet de produire 7 kilos de biscuits salés.

    Rien n’est jeté ici, on réutilise par exemple l’eau pour laver le matériel. Comme l’affirme Christophe : « On cherche à amoindrir notre impact environnemental le plus possible mais aussi participer à l’activité du territoire ». Ce n’est donc pas seulement pour gagner quelques sous de plus que la brasseurs se sont diversifiés, mais pour faire profiter toute l’économie locale de leur production. Les déchets de brassage vont donc aussi servir de base à des recettes de petite épicerie (vinaigre, fleur de sel…) mais aussi être distribué comme levures, comme compost pour un fermier. Une boulangerie locale en confectionne même un « pain du brasseur » à partir de cette drêche.

    Les animaux trinquent aussi

    Dans les Landes, à 20 minutes de Dax, Frédéric Mauny a la mâchoire qui tombe. Travaillant depuis 20 ans dans l’alimentation animale, il importe des farines riches en fibres et protéines pour concevoir ses aliments, alors qu’on en produit énormément en France et on les jette.

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

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    Il va alors lancer une double activité de récupération et revalorisation des drêches au sein de sa société, Waste Me Up. Loin de se limiter à sa ville, la collecte se fait dans les territoires limitrophes : Béarn, Landes et Pays basque ; « des sites proches de notre lieu de production [pour] limiter nos émissions de CO2 liées aux transports » explique-t-il à Presselib. Puis il opère les travaux de transformation pour fournir ensuite l’industrie agroalimentaire avec ses ingrédients protéiniques et peu gras, mais aussi le secteur cosmétique avec ses apports 100 % végétéux et peu énergivores à produire.

    Qu’importe l’ivresse pourvu qu’on ait une éco-cup.

    On peut aussi voir plus loin son ventre. Cela fait deux ans que des Lyonnais recyclent par exemple la drêche pour fabriquer des couverts. Cela semble dérisoire mais souvenez-vous : une loi a (enfin) rendu les couverts en plastique jetables interdits. En récupérant la drêche et en la faisant sécher par des moyens industriels, il est possible de convertir cette ressource en matériau dur mais lisse et d’en mouler des cuillères et fourchettes.

    Le procédé au point, Marie Nagy et Armand Ferro ont ouvert Reus’eat à Lyon pour se substituer aux couverts jetables dans les événements, festivals, compagnies de transport et aussi les cantines. Waste Me Up a eu la même idée et propose aux organisateurs événementiels des assiettes et gobelets et même des pailles. Autant d’objets du quotidien qui n’encombreront plus nos poubelles. Et comme Reus’eat nous débarrasse aussi de 250 tonnes de drêches par an, cela nous ôte d’un poids.

    Mieux que le bois, la mousse

    L’ébéniste Instead a eu la même idée et s’est lancé dans la fabrication de mobilier en résidus de malt. Franck Grossel conçoit par exemple un tabouret 98 % naturel, donc biodégradable. Les 2 % qui restent ? C’est la colle pour assembler. Un tabouret de bar en drêche, on ne fait pas mieux pour avaler son demi, non ?

    Derrières ces initiatives se dresse la certitude que tout déchet doit resservir. Les rejets d’une industrie doivent aujourd’hui devenir les ressources d’une autre. On vous avait déjà parlé de ces brasseurs qui profitaient des invendus des boulangeries, et transformaient le vieux pain en bière. Ou des briques de construction faites en plastiques récupérés ? C’est ça, l’économie circulaire. Des idées fraîches... comme une bonne bière. Sauf que ces innovations-là, vous n’êtes pas obligé de les consommer avec modération.

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