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Allaitement prolongé, refus de la fessée… la "parentalité douce", est-ce que ça marche vraiment ?

Zéro cri, zéro punition, éducation genrée au minimum, parents zen en toutes circonstances, enfants valorisés en permanence... L'éducation bienveillante est une tendance lourde dans la France de 2021. Explications, preuves à l'appui.

Alors que la méthode pédagogique Montessori et ses écoles à succès que l’on connaît aujourd’hui ont plus de cent ans (elle fut créée en 1907), ce projet d'éducation s'inscrivant "dans la promotion de la paix et du progrès" est encore considéré comme une nouvelle tendance marginale.

Pendant un siècle, ses préceptes de bienveillance ont pourtant infusé toutes les strates de l’éducation à l’occidentale, jusqu’à entrer dans les maisons, avec un pic dans les années 60 lors de la vague hippie, très vite retombée. Surprise, ils reviennent en force depuis le mitan des années 2000. Une date clé a même marqué la sortie du bois de milliers de parents soudainement devenus militants d’une éducation plus douce et plus ouverte : le 2 juillet 2019, jour où le Sénat a adopté la loi dite "anti-fessée". Tout un symbole du changement progressif des mentalités.

À l’époque, la France était le 56e pays à se doter d’un texte officiel interdisant ce type de violences (y compris dans la sphère privée), rangées sous l’appellation de "violences éducatives ordinaires". En braquant un projecteur sur des châtiments corporels que l’on croyait remisés dans le passé, la loi a fait réémerger des méthodes alternatives fortes, devenues très à la mode depuis, et qui ont trouvé un carburant encore plus puissant dans la crise de la Covid (cette dernière ayant remis en question les modes de vie et d’éducation de nombreuses familles).

"Sans violences physiques ou psychologiques"

Première surprise, on n’est pas obligés de verser dans le complotisme ou la défiance contre l’école publique pour adopter une éducation bienveillante sur la durée. Sabrina, 30 ans et mère de deux filles de 7 et 2 ans, a toujours confiance dans le système, mais à la naissance de sa deuxième fille, fin 2019, elle a adopté des méthodes beaucoup plus douces sous son propre toit.

"Avec mon mari, nous sommes partis du principe que nos enfants sauraient bien assez vite que le monde était immensément dur, notamment à cause de l’esprit de compétition que l’école ‘classique’ instille, donc nous avons choisi en toute conscience de développer une sorte de cocon à la maison. J’ai pensé à mettre mon aînée dans une école type Montessori, mais j’y ai finalement renoncé, pour qu’elle voie les deux faces d'un même monde."

Co-dodo, allaitement "non-écourtée", zéro punition, éducation genrée au minimum, jamais de cris… sont de mise. La loi de 2019 sur la fessée indique, dans son alinéa de l’article 371‑1, que "l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques". En tant qu’avocate, Sabrina a eu un déclic quand elle est tombée sur ledit texte : "je me suis dit qu’on se planterait sûrement sur plein de trucs dans leur éducation, mais que cet alinéa devrait demeurer notre cap pour les 25 années à venir", plaisante-t-elle.

Une soirée libre par semaine pour chaque parent

Qualifiée de "nouvelle doxa progressiste" par certains détracteurs, l’éducation bienveillante a tendance à sous-entendre que toute autre possibilité serait "malveillante". Pour Arnaud, 36 ans, c’est tout le contraire : "C’est simplement reconnaître que se prendre des paires de claques pendant l’enfance n’a pas fait de nous de meilleurs adultes. Je me suis pris des baffes pendant l’enfance, et je me suis promis de ne pas reproduire ce schéma sur mes fils. Ce n’est pas facile tous les jours, quand on s’énerve il faut le gérer différemment, mais le résultat est valorisant pour tout le monde."

Arnaud et sa femme Cynthia semblent avoir trouvé la clé de l’épanouissement éducatif : "pour être zen à la maison, il faut être bien soi-même. On s’est rendu compte que plus on s’occupait de nous-mêmes, mieux on faisait face et on évitait les confrontations". Leur équilibre passe par exemple par une soirée libre par semaine chacun. "Comme si l’autre n’existait pas."

"Maternage proximal"

Psys et chercheurs en neurosciences se penchent largement sur le sujet de l’éducation bienveillante, les ouvrages se multiplient (certains sont devenus de véritables bibles), les formations aussi. Après tout, il n’y a pas, à proprement parler, d’école de la parentalité ; les chancres de l'éducation positive sont donc venus combler un manque certain. Écoute et gestion des émotions, coopération entre parents et enfants, ateliers de mises en valeur… sont au programme.

Au-delà des châtiments corporels, plusieurs points très précis, au cœur de ses "parentalités douces", sont très en vogue. C’est le cas du "co-dodo". Son retour en force, ces vingt dernières années, "fut porté par une approche dite naturelle des premiers contacts avec le bébé". Cette tendance, appelée "maternage proximal", a clairement explosé avec l’avènement des forums Internet, et surtout des réseaux sociaux, où l’on joue parfois à qui sera le plus bienveillant des parents, inspirés par des méthodes soi-disant issues de peuples plus "traditionnels et primitifs". Ce qui reste à prouver.

Alors que les psychologues conseillent en général de laisser l’enfant seul dans son lit après l’âge de 5 ou 6 mois, certains parents ont fait du co-dodo un style de vie. Une quête de simplicité (et d’apparente sobriété) qui questionne, et qui possède ses défenseurs acharnés.

Allaitement prolongé, avantages et inconvénients

Même chose pour l’allaitement prolongé, que ses adeptes préfèrent nommer "allaitement non écourté". Devenue une arme politique depuis que des ligues conservatrices s’offusquent de voir des mères allaiter en public, l’allaitement "tant que l’enfant le demande" est très en vogue dans de nombreux cercles alternatifs. En pariant sur le "sevrage naturel" de l’enfant (entre deux et six ans), les mères osent un "retour à la nature".

Si en moyenne, les Françaises allaitent leurs enfants pendant 15 semaines, un allaitement prolongé a, selon la communauté scientifique, des avantages et des inconvénients. Une étude de The Lancet a montré une diminution de 33 % du risque de cancer chez les mères ayant allaité pendant deux ans et plus. Le lait maternel protège également l’enfant des virus et autres infections. Toutefois, un allaitement long est éprouvant pour le corps et réduit naturellement les interactions avec le père. Il pourrait aussi freiner le développement psychologique de l’enfant. Trop de bienveillance tuerait-elle la bienveillance ?

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