

De la peau humaine imprimée en 3D
Spécialisée dans la fabrication de tissus humains, Poietis, une start-up bordelaise, vient d’installer la première bio-imprimante 3D au monde dans un hôpital marseillais pour d’ultimes tests d’impression de peau humaine implantable.
2022 M03 28
Poietis travaille depuis plus d’un an avec le laboratoire de thérapie cellulaire de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, l’AP-HM, pour préparer une première mondiale : un essai clinique qui vise à implanter de la peau bio-imprimée chez un patient grâce à une imprimante très particulière, installée dans un hôpital de la ville depuis novembre 2021. Conçue par la start-up, celle-ci doit fabriquer de la peau, du derme à l’épiderme, à partir des propres cellules du patient. « Le principe, c’est de fabriquer, couche par couche, des tissus biologiques implantables par une technologie d’impression 3D sur la base d’un fichier numérique » explique Fabien Guillemot, le patron de l’entreprise.

Trois semaines pour imprimer de la peau implantable
Une prouesse technologique et biologique dont le processus de fabrication peut être découpé en plusieurs étapes. La première consiste à prélever par biopsie quelques cellules du patient avant de les multiplier, histoire d’en avoir un nombre suffisant pour la deuxième étape, la phase d’impression déjà décrite. « Puis, il y a une phase de maturation pour obtenir un tissu fonctionnel, capable d’assurer la protection des tissus et des organes internes des contaminations extérieures » détaille Fabien Guillemot. Pour rappel, on ne peut pas vivre sans peau et cette fonction barrière est vitale. Environ trois semaines sont nécessaires pour imprimer un volume de peau suffisant pour la réimplantation. « C’était la demande des cliniciens, d’avoir une peau dans ce délai parce que c’est le temps nécessaire pour nettoyer et préparer la plaie à la greffe ». Poietis espère réaliser les premiers essais cliniques au second semestre 2022. Ils devraient durer encore 4 ans avant que la technologie soit accessible à tous les patients, validée par l’ANSM, l’agence nationale de sécurité du médicament. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les tissus humains sont considérés comme des médicaments.
« Le champ des possibles est à peu près infini. On peut imaginer la fabrication de morceaux d’organes, de cartilages... »

La peau bio-imprimée sera utile à la fois pour le traitement des brûlures importantes, la prise en charge des plaies chirurgicales, traumatiques ou chroniques. Mieux : Poietis est convaincue que la technologie d’impression 3D de tissus biologiques est encore plus prometteuse. « Nous avons lancé la commercialisation de bio-imprimantes à la fois auprès des centres de thérapie cellulaire et des laboratoires de recherche en France et en Europe. Notre volonté, c’est de mettre notre machine à disposition d’autres chercheurs pour qu’ils développent d’autres applications. Le champ des possibles est à peu près infini. On peut imaginer la fabrication de morceaux d’organes, de cartilages… » Selon Fabien Guillemot, sa bio-imprimante 3D serait bientôt en mesure de fabriquer des tissus de tout organe. En mai prochain démarre même un projet d’impression des neurones pour traiter la chorée de Huntington, une maladie neurodégénérative. A quand un cœur bio-imprimé ? Les transhumanistes en rêvent déjà.