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Champion.ne.s : Yvan Wouandji, l’étoile du football pour malvoyants

Le football peut-il éclairer la société sous son meilleur jour ? Chez Les Eclaireurs, nous en sommes persuadés et ce n’est pas Yvan Wouandji qui nous fera mentir. Du haut de ses 28 ans, il est l’une des figures du cécifoot – la pratique du ballon rond par des personnes mal et non-voyantes - à l’internationale et officie, aujourd’hui, comme un véritable ambassadeur de la discipline. Pour le premier épisode de notre websérie « Champion.ne.s », ce passionné au sourire enjôleur a accepté de nous ouvrir les portes de son quotidien. Rencontre à domicile, avec un champion dont le parcours nous invite au plus grand respect.

C’est bien loin des transferts à 100 millions et des stades surpeuplés que le jeune Yvan voit le jour. À Douala, au Cameroun, celui qui, déjà tout petit maniait le ballon avec dextérité, devient subitement aveugle à l’âge de 10 ans. Sa déficience visuelle ne bouleverse pas sa vie, il continue le football et entre à l’institut des jeunes aveugles, où il apprend notamment le braille et à se déplacer avec une canne blanche. C’est à l’âge de 13 ans qu’il fait la rencontre de Julien Zéléla, premier pratiquant de cécifoot en France et futur mentor. Ce dernier l’initie à un football qui se joue sur le terrain de la mixité et du partage, où les protagonistes valides et non valides cohabitent et performent main dans la main. Un football empreint d’humilité et de bienveillance qui, au travers de sa pratique, met en lumière la cécité sous un nouveau jour. Plus tard, il intégrera, en tant que titulaire, l’équipe de France de cécifoot avec laquelle il accumule les titres : champion d’Europe en 2011, vice-champion paralympique des Jeux de Londres en 2012, mais c’est surtout un magnifique but, contre l’Allemagne en 2015, qui le poussera sur le devant de la scène. 

Sur un terrain, à 5 contre 5, le cécifoot semble ressembler en tout point au football traditionnel, à l’exception du bruit. Une joyeuse cacophonie émane de ces joueurs qui, malgré la présence d’un bandeau sur leurs yeux, parviennent à dribbler, se passer la balle et marquer des buts. Orientés par les petites clochettes, contenues dans le ballon rond, ainsi que les indications des guides postés tout autour du terrain, les pratiquants font preuve d’une grande dextérité. Seuls les gardiens sont voyants.

C’est au stade des minimes à Saint-Mandé que nous retrouvons Yvan. A l’occasion d’un entrainement, il nous dévoile toute la palette de jeu d’un joueur de cécifoot. « Ce que j’aime lorsque je suis sur le terrain c’est qu’on est nombreux et à la fois tout seul. Je me sens connecté avec le ballon » nous confie-t-il après l’entrainement.  

« Lorsque j’ai perdu la vue, je n’ai pas changé de monde, je n’ai pas changé de maison, je n’ai pas changé de chambre. Je suis resté le même, avec une approche différente, une sensibilité différente. J’ai appris à mettre en éveil mes autres sens. » Quand Yvan ne s’entraine pas, il occupe son temps à sensibiliser les nouvelles générations. Dans le décor de son enfance, à l’école primaire Jean Mermoz de Rosny-Sous-Bois, il a rendez-vous avec de jeunes élèves pour parler de malvoyance, au travers de sa passion souvent partagée, pour le football. D’abord intimidés, puis très rapidement dominés par leur curiosité, les enfants répondent à ses questions tout en se demandant comment il peut être possible de dribbler et faire des passes sans voir. « Avec un enfant il y a moins de filtres, il va oser poser les questions, être moins dans le jugement… » affirme Yvan. Ensemble, ils se livrent à une session de tirs au but. Ils défilent, tour à tour, enfilent un bandeau sur leurs yeux, arment leur pied et frappent la balle, guidés par la voix d’un.e de leur camarade : « poteau gauche, poteau droit, axe, axe ! » L’initiation fait mouche, Yvan quitte le gymnase acclamé comme un roi. Surexcités, les enfants promettent à leur nouveau champion de faire parler du cécifoot autour d’eux ; ce qui ravi ce dernier, bien trop conscient du manque de notoriété de son sport.

En chemin pour rejoindre son équipe, il nous confie « en grandissant, à l’adolescence, je me suis vite posé des questions : est-ce que je vais parvenir à avancer dans la vie, à construire une vie de famille ? Mais ces questions je les ai vite balayées, parce que le sport m’a permis de gagner en confiance. » Sa famille sportive, il la retrouve au Five de Bezons. Tous les membres de l’équipe de cécifoot de Saint Mandé ont répondu présent, dont Julien Zéléla. Ils s’apprêtent à accueillir un ancien joueur professionnel, Florent Sinama-Pongolle pour une initiation au cécifoot. L’ancien attaquant de Liverpool ne s’attendait certainement pas à rencontrer une équipe aussi passionnée, à pratiquer un football, le sport qui a fait sa carrière pendant plus de 20 ans, si inclusif et bienveillant. Une grande leçon d’humilité pour nous tou.t.e.s. Sur les conseils d’Yvan, il tâte le ballon, se prend rapidement au jeu. L’expérience le sort de sa zone de confort et semble le ravir. « Avec sa carrière, son expérience, le fait que Florent s’essaie au cécifoot, c’est formidable. » nous raconte Yvan, le sourire aux lèvres. 

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