

De la dentelle auvergnate pour sauver les coraux
Depuis qu'il a dégoté une caisse de coraux, il y a dix ans, dans un entrepôt Emmaüs, Jérémy Gobé, un jeune artiste plasticien de 34 ans, se passionne pour ces animaux marins et veut les sauver.
2021 M03 10
« J’ai tout de suite été fasciné, j’ai trouvé ça beau et fonctionnel. Alors, après les avoir dessinés, j’ai commencé un travail de recherches pour tout savoir sur les coraux. De ce travail est née mon envie de les sauver », explique l’artiste spécialiste de la sculpture textile. Quelques années plus tard, en 2017, invité au Festival international des textiles extraordinaires à Clermont-Ferrand, Jérémy découvre par hasard que le motif traditionnel de la dentelle du Puy-en-Velay, sur laquelle il travaille, ressemble comme deux gouttes d’eau au dessin d’un squelette corallien. C’est une révélation !

Utiliser la dentelle pour faciliter la régénération des coraux
L’occasion rêvée pour mettre en pratique l’idée qui lui trotte dans la tête depuis toujours : remettre l’art au cœur de la société comme laboratoire à idées. « En France, nous avons une vision trop segmentée de l’art. L’art ne doit pas être déconnecté de la réalité. Je souhaiterais remettre l’art à sa place, au cœur de nos préoccupations ». Du coup Jérémy lance le projet Corail Artefact. L'idée ? Utiliser la dentelle comme support pour faciliter la régénération des coraux.
Pour l’ONU, les récifs coralliens pourraient disparaître d’ici la fin du siècle. Un quart a déjà subi des dégâts irréversibles, et près des deux tiers sont gravement menacés. En cause, encore et toujours, les activités humaines qui les dégradent peu à peu, alors que ces écosystèmes protègent les côtes de l’érosion et font office de nurseries aux poissons. Ils abritent, en effet, 25% de la vie marine de notre planète. Mais si nous n’agissons pas rapidement pour faire face au changement climatique, à la pollution, à la surpêche et aux autres menaces qui planent sur eux, les coraux pourraient disparaître définitivement.

Des larves de coraux nichés dans la dentelle
Concrètement, Jérémy pense que la dentelle pourrait être le support idéal pour l’installation de larves de coraux, mais il faut encore améliorer ses performances. « La dentelle en tant que support de régénération peut aider les récifs pas encore morts ou détruits. Avec l'idée d'aller vers une dentelle 2.0, une dentelle biomimétique adaptée à chaque espèce de corail. En revanche dans le cas de destruction totale, il faut utiliser le béton écolo ». Un partenariat avec la société Coraïbes, spécialisée dans la restauration écologique marine, est en cours en ce moment en Guadeloupe pour tester de nouveaux prototypes à base de lin, de chanvre, de bambou ou de bio-polymères. Prochaine étape, la ponte annuelle des coraux qui a lieu en août aux Antilles.
D'autres recherches sur des process écologiques de bouturage de corail en laboratoire sont également à l’étude avec les scientifiques de l’aquarium Nausicaa de Boulogne-sur-Mer. Jérémy Gobé est sur tous les fronts de sa croisade, mais garde la tête sur les épaules. « Je ne sais pas si ça va marcher. D’ailleurs, ce n’est pas une démarche écolo mais de bon sens. Mon souhait à l’avenir : persister dans cette idée de faire des projets artistiques qui soient des modèles de société, des projets vertueux. »