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L’indice kilométrique, le nec plus ultra du circuit court

Nutriscore, origine géographique, traçabilité...Les produits alimentaires sont scrutés à la loupe par des consommateurs de plus en plus responsables. Une chef d’entreprise de Haute-Garonne, qui a fondé une épicerie en ligne 100% circuit-court, a, elle, inventé l’indice kilométrique, qui indique le nombre de kilomètres parcourus par chaque produit de la ferme jusqu’à son entrepôt. Une manière d’inciter ses clients à faire des choix de consommation encore plus réfléchis.

Alors qu’elle n’est même pas haute comme trois pommes, Marie Franco caresse déjà le doux rêve de vivre sur une planète où personne ne souffre de la faim. C’est ce qui sous-tend sa volonté, une fois devenue « grande », d’entreprendre des études d’ingénieur en agronomie. Un diplôme qu’elle complète par celui de Sciences po avant d’intégrer le ministère des Affaires étrangères. Elle officie notamment à l’ambassade de France en Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde, où plus de 42 % de la population se trouve en situation d’urgence alimentaire. Mais le temps de la diplomatie n’est pas le sien. Il est trop long.

« J’avais besoin d’action, de concret. J’étais frustrée. Alors j’ai quitté mon poste pour partir travailler dans une entreprise haïtienne qui fabriquait des cordes et des ficelles à partir de sisal, une fibre naturelle. C’était un vrai projet social et solidaire, qui a permis de sauver une filière agricole. »

se remémore la jeune femme, aujourd’hui âgée de 39 ans.

Vendre du local aux locaux

De retour dans sa Haute-Garonne natale, elle décide de concrétiser son utopie enfantine, en l’adaptant à la réalité. Elle ne peut certes pas nourrir toute la planète, mais au moins un terroir, celui du Lauragais, un vaste territoire agricole qui s’étend des portes de Toulouse à celles de Carcassonne. Avec son frère, chef cuisinier, elle investit l’ancien hangar à céréales d’Anselme, son grand-père agriculteur, pour y implanter en 2018 leur petite épicerie en ligne. Le « Comptoir d’Anselme » est né.

« Notre but, c’est de vendre du local aux locaux mais pas n’importe comment. Nous ne travaillons qu’avec des producteurs que nous connaissons, qui respectent les sols et les bêtes. Et par respect pour eux et pour leur travail, nous ne négocions pas nos tarifs d’achat», argumente Marie Franco.

Le succès est immédiat : une centaine de producteurs adhérents qui vendent leurs produits, plusieurs centaines de clients qui les achètent toutes les semaines et déjà cinq salariés à plein temps moins de deux ans après la création du comptoir d’Anselme.

Mais Marie Franco veut aller plus loin. « Je me suis creusée la tête pour trouver un outil qui rende vraiment concret le fait de consommer local, explique-t-elle. Alors j’ai inventé l'indice kilométrique. Pour chacun des produits que nous vendons sur notre site, nous indiquons le nombre de kilomètres parcourus entre la ferme et notre entrepôt. »

« L’indice kilométrique, c’est aussi un outil qui permet de voter avec son porte-monnaie. Et il a une pression vertueuse sur la chaîne alimentaire classique. »

Au Comptoir d’Anselme, justement, cet indice kilométrique excède rarement les 100 kilomètres. « Pour nos clients, cet outil est une manière d’habiter leur territoire d’une nouvelle façon et non plus d’y cohabiter sans se soucier de ce qu’il s’y produit. Ils se rendent compte qu’ils peuvent faire vivre des agriculteurs proches de chez eux, se félicite-t-elle. L’indice kilométrique, c’est aussi un outil qui permet de voter avec son porte-monnaie. Et il a une pression vertueuse sur la chaîne alimentaire classique. »

Marie Franco en est persuadée : si son indice kilométrique était apposé sur tous les produits frais alimentaires, cela changerait radicalement notre manière de consommer. C’est pour cela qu’elle vient de demander à la député de sa circonscription de proposer cette idée à Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture.

En attendant sa réponse, elle rêve déjà au monde d’après. Celui où les rayons de fruits et légumes espagnols dans les supermarchés ne seraient plus qu’un lointain et mauvais souvenir...

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