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Pour revoir les étoiles, des collectifs luttent contre la pollution lumineuse

En ville, vous avez plus de chance d’être ébloui par les néons des publicités ou des vitrines plutôt que par les étoiles filantes. La voie lactée n’a pourtant pas disparu. Tout est là, à portée d’yeux, si seulement les zones urbaines étaient moins polluées de lumières artificielles quand la nuit fut venue. Des citoyens et citoyennes œuvrent alors dans l’ombre des lampadaires pour éteindre toutes celles dont nous n’avons (vraiment) pas besoin.

Le constat n’est pas récent. En novembre 2017, des chercheurs américains publiaient dans la revue Sciences Advances une étude démontrant que l'éclairage de la planète avait augmenté d'environ 2% par an de 2012 à 2016.

« Résultat : pour 60% des Européens la voie lactée n’est plus visible, été comme hiver. »

La pollution lumineuse, créée par les néons des vitrines et autres mobiliers urbains destinés à la publicité, fait l’objet de vives critiques. Toutes ces lumières artificielles ont en effet un impact la faune et la flore. Les oiseaux migrateurs sont désorientés – volant parfois sans but autour de ce halo qui émane des villes jusqu’à la mort. C’est la même chose pour les insectes ou les plantes, dont les processus biochimiques sont perturbés. Pour les humains, c’est notre sommeil qui est impacté.

Le ciel étoilé, un bien rare et précieux

Certaines zones sont reconnues comme des « réserves de ciel étoilé ». La France en compte trois référencées par l'Association internationale Dark Sky (IDA) : celle du pic du Midi de Bigorre, labellisée en 2013 ; le parc des Cévennes, plus grande réserve de ciel étoilé d’Europe, ayant obtenu son label en 2018 ; et Alpes Azur Mercantour (portée par le parc national du Mercantour, le parc naturel régional des Préalpes d’Azur et la communauté de communes Alpes d’Azur) en 2019.

Dans un article du Monde diplomatique intitulé « Revoir les étoiles, naissance d’une revendication », le sociologue Razmig Keucheyan écrit à propos de ces réserves : « Cela nous apprend surtout que l’obscurité constitue désormais un bien rare, aussi précieux que l’air ou la nourriture non pollués, pour lequel les gens — ceux qui en ont les moyens — sont prêts à parcourir des kilomètres. »

Un droit à l’obscurité ?

Dans ce même article, Razmig Keucheyan interroge le « droit à l’obscurité » : si celui-ci ne figure pas dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, ni dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, pourrait-il devenir un droit fondamental ?

La France a déjà apporté des réponses légales. L’arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses indique : « Les éclairages de vitrines de magasins de commerce ou d'exposition sont éteints à 1 heure du matin au plus tard ou 1 heure après la cessation de l'activité si celle-ci est plus tardive et sont allumées à 7 heures du matin au plus tôt ou 1 heure avant le début de l'activité si celle-ci s'exerce plus tôt. » La loi biodiversité évoque à son tour les « paysages nocturnes » à préserver.

Malgré cette reconnaissance d’une nécessité à garantir des nuits moins polluées, les enseignes ne sont toujours pas éteintes systématiquement. La défense s’organise alors autour d’associations et de collectifs, marquée par la rédaction en 1993 d’une charte pour la préservation de l’environnement nocturne par des astronomes amateurs, soutenue entre autres par Jacques-Yves Cousteau. C’est suite à ce texte qu’est créée en 1999 l’Association nationale pour la protection du ciel nocturne, adhérente de l’IDA.

(Dés)obéissance civile

Résistance à l’agression publicitaire (RAC), Extinction Rebellion, Greenpeace ou encore Youth for Climate ont depuis rejoint les rangs de ces militants anti-lumières artificielles. Par des actions non violentes, des groupes s’organisent pendant la nuit pour faire respecter la loi : c’est-à-dire d’éteindre les lumières après 1h du matin. Ces personnes s’aident par exemple d'un balai pour atteindre le petit interrupteur au-dessus des rideaux de fer.

Sans être illégal, les participants et participantes préfèrent généralement garder l’anonymat. Samuel a cofondé le collectif « Revoir le ciel » depuis quelques mois : « J’ai l’impression que sur ces nouvelles formes d’activisme, plus c’est anonyme, plus c’est efficace. La police peut nous embêter aussi, ou ça peut impacter nos vies privées et professionnelles. Ça nous arrange si on n’a pas nos noms partout. »

« Les gens pourraient choisir de passer l’heure permise pour aller éteindre les enseignes »

« Revoir le ciel » a pris le parti d’un message poétique et universel : « On sait bien qu’en éteignant les commerces, on ne va pas voir le ciel, mais ça permet de mobiliser et faire des propositions qui ont du sens. Les gens pourraient choisir de passer l’heure permise pour aller éteindre les enseignes. Ça peut être une façon d’associer sa sortie à un geste citoyen. »

Certaines villes sont plus avancées que d’autres sur ces questions. À Saumur, par exemple, l’extinction nocturne est expérimentée depuis plusieurs années, avec à la clé d’importantes économies d’électricité. Mais si votre municipalité ne semble pas concernée, l’Association nationale pour la protection du ciel a créé une lettre-type. Toutes celles et ceux qui souhaitent agir peuvent l'envoyer à leur mairie pour les inciter à réduire les éclairages inutiles pendant le confinement, et au-delà.

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