"Bare minimum monday" : la tendance TikTok qui incite à bosser le moins possible le lundi

Le concept, popularisé par la TikTokeuse américaine Marisa Jo Mayes après un burn-out, consiste à prendre le premier jour de boulot « à la cool » afin d’être plus productif le reste de la semaine.
  • La question n’est pas de savoir si la nouvelle génération est prête à se retrousser les manches au travail — pour celles et ceux qui doutent, elle l’est. Mais plutôt de savoir comment elle compte travailler. Et ce qu’elle est prête à accepter ou à sacrifier dans le cadre professionnel. Les semaines à rallonge, c’est non. Les heures supplémentaires aussi. Et les salaires revus à la baisse, c’est niet. Et c’est justement dans ce contexte que des nouvelles tendances émergent, principalement via les réseaux sociaux, comme le « quiet quitting » — la « démission silencieuse » qui consiste à faire le strict minimum au boulot au lieu de démissionner — ou le fait d’uniquement réaliser les tâches pour lesquelles on est payé et pas plus (« Act Your Wage »).

    Le « bare minimum monday » s’inscrit dans la lignée des autres modes puisqu’elle consiste là aussi à la jouer cool au boulot. Mais derrière cette idée qui pourrait donner la fausse impression que les jeunes seraient tous des gros feignants, il y a une profonde envie de changer les codes du travail et de trouver un équilibre entre boulot et productivité afin de se protéger des risques psycho-sociaux, comme l’anxiété, le stress ou l’épuisement. Des problèmes qui peuvent mener jusqu’au burn-out ou jusqu’à la dépression.

    @itsmarisajo Reply to @itsmarisajo 😴📉🐢 #bareminimummonday ♬ Young Folks - Shindig Society

    Le « bare minimum monday », soit l’idée de faire le strict minimum au bureau le lundi, est justement le résultat d’un burn-out : celui de Marisa Jo Mayes, une TikTokeuse de 29 ans basée à Phoenix. La culture de l’entreprise formait une énorme pression sur ses épaules. Comme pour 60% des Américains, d’après un sondage mené en 2021, elle angoissait à l’idée de retourner au travail le lundi matin. Pour lutter contre ce stress, Marisa se mettait en tête qu’elle devait réaliser de nombreuses tâches dès le premier jour de la semaine pour se sentir utile et productive. « C'était comme un cycle de stress et d'épuisement professionnel. La pression que je me mettais était paralysante et j'ai réalisé que quelque chose devait changer », raconte Marisa dans cette interview pour Business Insider.

    Un lundi matin de mars 2022, pour son propre bien-être, la jeune femme a décidé de mettre ses « to-do lists » à la poubelle et d’opter pour une nouvelle stratégie : en faire en moins possible, sans pression, afin de mieux préparer la semaine qui arrive. « Et c'était comme si un sortilège magique m'envahissait. Je me sentais mieux. Je n'ai pas été submergé et j'ai même réussi à mieux travailler durant la journée », poursuit l’Américaine de 29 ans. 

    Depuis mars, Marisa fait le « bare minimum monday » tous les lundis. Et sur TikTok, elle a réussi à créer un engouement : son compte affiche plus de 150 000 followers et le mot-dièse #bareminimummondays grimpe à plus de 2 millions de vues. Ses vidéos insistent sur le fait de prendre le temps, de prendre soin de soi (activités créatives, faire des balades, cuisiner, etc.) et de se focaliser sur les tâches importantes de la journée sans s’éparpiller. Ceci étant dit, Marisa a conscience que le « bare minimum monday » n’est pas à la portée de tout le monde. L’Américaine est indépendante, elle travaille depuis chez elle et n’a pas d’enfants. Elle n’a donc pas de contraintes, comme amener ses petits à l’école, être à l’heure au bureau ou même prendre les transports. Une situation confortable qui lui permet de mener ce style de vie, mais qui n'est pas envisageable pour la majorité des gens qui travaillent. C'est là la limite de cette tendance : de nombreuses de personnes aimeraient sûrement pouvoir adopter ce lifestyle mais ne peuvent simplement pas se le permettre. Même si pour Marisa, ce concept est avant tout « une façon de commencer la semaine en vous donnant la priorité en tant que personne plutôt qu'en tant qu’employé. »

    Self-care ou flemme ?

    Si certains peuvent voir ces modes comme une forme de résignation face aux valeurs du travail et à l’idée qu’il faut se donner les moyens pour réussir, elles montrent que la nouvelle génération n’a plus envie de subir les pressions inhérentes au travail (ultra-productivité, dévouement total, etc.). Mais aussi que la santé, mentale et physique, n’est plus un sujet tabou, même dans le cadre professionnel. Par contre, ces questions-là, même si elles sont primordiales, ne doivent pas être des excuses pour ne rien faire au travail et éviter de réaliser les missions pour lesquelles on est payé, comme l’explique The Evening Standard. Le « bare minimum monday », c’est un peu comme le sucre. On a besoin pour fonctionner, mais il ne faut pas trop en abuser. 

    A lire aussi