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Covid-19 : l'exode des Parisiens vers la province a-t-il vraiment eu lieu ?

Certains ont simplement échappé aux trois confinements. D’autres ont organisé des "faux départs" en gardant un pied dans le TGV. D’autres encore sont partis… mais de l’autre côté du périph. Alors, Paris, tu l’aimes ou tu la quittes ?

Le phénomène n’est pas vraiment nouveau, mais son intensité semble avoir augmenté depuis un an, à cause de la crise de la Covid-19. Échaudés par trois confinements, dont le premier, très strict, avait causé une vague de Parisiens (et plus largement de citadins) fuyant leurs appartements plus ou moins exigus pour s’installer dans des maisons de campagne ou dans des agglomérations de taille moyenne, les habitants des villes paraissaient vouloir définitivement sauter le pas.

En effet, d’après une étude récente du courtier Empruntis, "46 % des Parisiens souhaiteraient actuellement quitter la capitale". Toutefois, si c’est bien le pourcentage le plus élevé depuis des années, certaines déclarations sont à prendre avec des pincettes car l’on devine déjà qu’elles ne seront pas forcément suivies d’effets.

Pour donner un exemple concret de vrai "solde migratoire parisien", en 2017, 128 000 personnes disaient bye bye à la capitale française... mais 95 000 s’y installaient ! De plus, "quitter Paris" peut se révéler être une notion toute relative : 55 % des partants resteraient en fait dans la région Île-de-France. À l’échelle de ladite région tout entière, les arrivées annulaient donc les départs jusqu’en 2018. Pas vraiment un exode massif… Cela permet de relativiser une tendance que l’on croyait gigantesque et immuable, lorsque des centaines de milliers de Parisiens avaient fui le premier confinement de mars 2020. Une vision biaisée, donc.

Un pied à Paris, l’autre en province… et la tête dans les TGV

De manière globale, le département du 75 perd en moyenne 12 000 habitants par an depuis 2011, selon l’INSEE. Mais ses déçus ne vont pas très loin, contrairement aux idées reçues, qui les imaginent tous en bord de Garonne à Bordeaux, à promener des poussettes au Parc de Procé à Nantes ou à se dorer la pilule dans les calanques près de Marseille, quand ils ne télétravaillent pas carrément depuis une fermette retapée dans le Perche.

Selon l’étude d’Empruntis, "si plus d’un cadre parisien sur deux se dit insatisfait désormais de la vie qu’il mène dans la capitale, les principales motivations de ces derniers sont de baisser leurs charges". Autrement dit, le pouvoir d’achat étant cité avant le rythme de vie, l’attrait culturel ou le niveau de pollution, la croissance démographique se fait donc à l’avantage de la Seine-Saint-Denis (dont la population progresse de 1% par an) et de la Seine-et-Marne, de l'Essonne et du Val-d'Oise (+ 0,7% par an), plutôt que de la Creuse ou du Nord.

Pour résumer, toutes ces personnes intègreront chaque matin le contingent de Parisiens se ruant vers la capitale pour travailler. Zéro changement, en somme. Sauf qu’ils auront un jardin pour s’ébrouer. Raison principale de ces "faux départs ?" La peur de ne pas trouver d’emploi "équivalent" est le frein numéro 1 à la rétention des cadres et autres employés dans la région parisienne.

C’est pourquoi les villes les plus en vogue en ce moment (Le Mans, Rennes, Nantes, Rouen, Angers, Orléans, dans une moindre mesure Bordeaux…) ne sont qu’à une encablure de Paris en TGV. Beaucoup d’"expatriés" cherchent en fait à passer une moitié de semaine ou une semaine par mois au cœur de la capitale, pour le boulot.

Plus rares sont les actifs prêts à lâcher complètement la rampe. Si le prix de l’immobilier fait également partie des raisons qui poussent les citadins à vouloir s’excentrer, on cherche tout d’abord à "acheter moins cher, mais le moins loin possible" du phare de la tour Eiffel.

Quitter Paris en emmenant ses habitudes avec soi, mauvais plan

Pour les vrais "aventuriers" en quête de sens et de reconversions originales, le site Paris Je Te Quitte est une véritable mine d’infos, de témoignages et de bons plans emplois et appartements. "On est bien plus heureux qu’avant. On a plus de temps pour vivre, pour faire les choses. Paris ne nous manque pas du tout", dit Nicolas, chargé de clientèle parti à Lille en 2019 avec sa compagne. "Notre vie nous convient parfaitement et ne nous ferons pas machine arrière !", abonde Alexa, qui a déménagé à Royan avec mari et enfants (et son poste dans l’événementiel).

Au fil des pages, des trucs et astuces pour remonter le moral des indécis et booster les candidats à l’exil qui auraient aussi envie de quitter leur job. Et il y a souvent besoin d’un peu de motivation extérieure. Car le danger principal, syndrome qui guette aussi parfois les anciens expatriés rentrant au pays : penser pouvoir recréer une nouvelle vie exactement à l’image de l’ancienne, idéalisée. D’où la multiplication, ces dernières semaines dans les médias français, d’articles sur les désillusions de certains Parisiens ayant récemment quitté la capitale avec des idées préconçues sur "la vie en province".  

"On se rend bien compte qu’on n’est pas aussi nombreux que cela à vouloir changer complètement de vie en bousculant nos habitudes", nous avoue Johanna, qui s’est définitivement installée à Brest en mai dernier, effectuant au passage une reconversion professionnelle à 180 degrés (qu’elle souhaite garder secrète). "Dès qu’on visitait un quartier vaguement branché dans une ville moyenne où l’on voulait potentiellement déménager, les gens nous disaient : ‘ah oui, ici c’est le Petit-Paris, il n’y a que des Parisiens qui achètent’. Presque un an après notre arrivée, on les cherche toujours." Attention à la douche froide.

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