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Le "poisson durable", un business qui ne navigue plus à vue

Éviter les supermarchés et le poisson d’élevage ne suffit plus. Pour des produits de la mer de qualité, le consommateur mène désormais l'enquête et traque les meilleures filières chez son poissonnier. Mais face à ce casse-tête éthique, des startup se lancent aussi dans le poisson durable. Suivez le guide.

Manger responsable est de plus en plus aisé, eu égard à de nombreuses applications, initiatives, campagnes marketing et autres communautés de fermiers militants ayant démocratisé les circuits courts, bio et accessibles pour le porte-monnaie du consommateur. Cependant, il est un domaine où il est plutôt difficile de faire le tri entre les bonnes pratiques et les arnaques : les produits de la mer.

Surpêche, élevages, chalutage profond, mercure, labels trompeurs… Choisir un bon poisson ou des fruits de mer qui ne nuisent pas à la planète, tout en faisant plaisir à son estomac, est une véritable gageure pour l’acheteur inquiet. Vu que les Français mangent en moyenne 20 kilos de poisson par an, il faut vraiment naviguer à vue pour dénicher des produits de qualité, dont la pêche responsable n’a pas trop affecté la planète. Espèces, modes de pêche, élevages, solutions originales sur Internet, on a fait le tour des bons plans du moment.

Poiscaille, le premier circuit court français des produits de la mer

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’arrêter de consommer du poisson. "Il est bon pour la santé et demeure recommandé par les guides alimentaires. Il y a des moyens d'en faire une consommation modérée, la plus locale et la plus responsable possible", explique Fabien Durif, directeur de l'Observatoire de la consommation responsable, à l’Université du Québec (Montréal).

De ce type de constat est né Poiscaille, une startup qui s’appuie sur un réseau de pêcheurs "qui partagent la même vision de la durabilité : techniques de pêche dormantes, valorisation de toutes les espèces, pratiques limitant les rejets", expliquent ses responsables. Les poissons, coquillages et crustacés sélectionnés sont sauvages et 100% français, la pêche est durable, le circuit court (maximum 48 heures) est préservé et les ouvriers de la mer sont payés équitablement.

Leurs trois formules (hebdomadaire à 19,90€, bimensuelle à 22,90€ ou mensuelle à 24,90€) sont très simples : en s’abonnant à leur "casier de la mer", on choisit la fréquence, la quantité et le lieu de livraison, et Poiscaille s’occupe de tout. Le site est hyper-intuitif et promet des poissons choisis chez les meilleurs partenaires, visibles en ligne, et livrés dans la boutique de son choix, en ville ou en campagne. On a également testé leurs recettes disponibles, et c’est un sans-faute.

Véritable jungle des labels, parfois trompeurs

Du côté des espèces, on sait que la pêche intensive a menacé, au fil des années, des poissons appréciés des consommateurs : thon rouge, requin, flétan, grenadier et autres amis à nageoires sont ainsi en voie d’extinction et doivent donc être mangés avec parcimonie. Le chalutage profond, interdit en 2016, a, lui aussi, fait beaucoup de mal à des espèces qui n’auraient jamais été "récoltées" sans cette technique de raclage intensif des fonds marins.

Au niveau des poissons d'eau douce également, les chiffres sont effrayants : un tiers d’entre eux sont menacés d’extinction, selon un rapport publié fin février par le WWF. Au total, plus de huit poissons sur dix vendus dans la grande distribution ou des poissonneries de quartier ne seraient pas issus de la pêche durable, selon une enquête publiée en septembre 2020 par l'UFC-Que Choisir.

Plus gênant encore, même les labels ne seraient pas fiables. Ainsi, le "label rouge" n’est pas une garantie de durabilité, la label MSC certifierait "à plus de 80 % des pêcheries industrielles irrespectueuses des océans et des écosystèmes", selon le journal scientifique Plos One. Enfin, le "label bio" concerne seulement la nourriture donnée aux poissons d’élevage, limitant sa portée. Comment, alors, se retrouver dans cette jungle ?

"Inutile de consommer un poisson qui a fait le tour du monde !"

Pour choisir au mieux, le WWF a publié un Consoguide Poissons, qui montre, à l’aide d’un code couleur simple, les impacts des techniques de pêche, l’état des stocks et les mesures de gestion mises en place. Vert pour les espèces à favoriser "les yeux fermés", orange pour celles à consommer modérément et rouge pour celles à éviter.

Les entreprises et marchés ont compris l’intérêt du créneau, et s’adaptent. Ô’Poisson par exemple. Trois cousins issus d’une troisième génération de poissonniers originaires de l’île d’Yeu, Maxime, Caroline et Benjamin, font perdurer une histoire familiale en utilisant les outils numériques. D’abord installée dans la région nantaise, l’équipe a déménagé en 2018, "pour se rapprocher des pêcheurs et de la mer et être encore plus en direct, et ainsi gagner en fraîcheur".

Deux acheteurs font leur sélection directement sur le port, les produits sont découpés, portionnés et conditionnés sous vide, avant d’être expédiés dans toute la France en moins de 24h. Ici aussi, le service se fait sous forme d’abonnement, avec une quantité et une fréquence à sélectionner sur le site. Concernant la méthode old school du bon vieux marché, la clé est de s’approvisionner le plus localement possible, en allant directement demander à son poissonnier préféré, dans sa boutique ou sur un étal, l’origine véritable des produits et la méthode de pêche. Le tout en évitant les supermarchés.

La probabilité de trouver sur les étals des produits de la mer issus de la pêche artisanale est plus élevée aujourd’hui qu’il y a dix ans. Encore faut-il savoir où chercher, et comment se renseigner. Mais la règle d’or d'une consommation raisonnée vient sans doute de l’association Greenpeace : "Inutile de manger un poisson qui a fait le tour du monde !"

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