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Rompre l’isolement, lâcher prise… Quelques conseils pour mieux vivre le télétravail

Les confinements consécutifs à la pandémie de Covid-19 ont poussé de nombreux salariés à travailler depuis chez eux. Mais après l’euphorie du gain de temps et de l’organisation libre, viennent les dérives : surcharge de travail, solitude, matériel inadéquat... Et si l'on se mettait enfin à télétravailler mieux ?

« Au début, c’était le paradis ; après neuf mois j’ai l’impression de travailler au purgatoire. » Les propos de Maud, on a le sentiment de les avoir entendus des dizaines de fois depuis le 15 mars 2020. On jurerait même les avoir pensés soi-même à plusieurs reprises... Lorsque les Français qui étaient en mesure d’exercer une activité professionnelle à la maison ont été renvoyés chez eux lors du premier confinement, le télétravail ressemblait alors à une contrée enchanteresse : une belle opportunité de se recentrer sur soi, en organisant mieux son temps et sa vie.

Pensez donc : moins d’heures passées dans la voiture ou les transports en commun, pas besoin de s’habiller ou de se maquiller pour se rendre au bureau (une chemise/chemisier et une casquette/chouchou lors des réunions Zoom suffiraient, avec le pyjama et les grosses chaussettes laissées hors-cadre), plus de chefs relous… On avait embarqué le petit ordinateur portable, et ciao la compagnie !

Presque un an plus tard, le choc est rude. Nous n’évoquerons pas ici la présence d’un ou plusieurs enfants sous le même toit ; on sait déjà les difficultés que le premier confinement infernal - celui sans écoles ouvertes - avait générées. Mais même avec un appartement ou une maison vide et calme à disposition, qu’en est-il vraiment ? Le télétravail est-il ce paradis promis ? Il semblerait que non.

« Sans même parler de l’isolement, que tout le monde a plus ou moins vécu en 2020, je me suis rendu compte que j’étais très mal équipée. C’est un crève-cœur, car ça va me coûter de l’argent, mais je vais devoir me payer une super chaise de bureau, un écran plus grand, voire un nouveau bureau. Ma boîte m’a déjà fourni un laptop, ils ne paieront rien de plus », nous dit Maud, une juriste qui avoue avoir travaillé pendant deux mois à même le sol de son salon, pour laisser la chambre à sa colocataire, infirmière.

« Au début, c’était fun, le thé et les petits gâteaux à même le tapis, avec l’ordi en mode slow life, je faisais du yoga avant le taf et j’avais l’impression de vivre dans une story Instagram. Mais quand il a fallu que je m’y remette vraiment avant l’été, j’avais déjà le dos en compote, à me pencher sur mon petit écran en permanence, tout en me disant que c’était temporaire… »

Des interactions sociales professionnelles limitées

Passée la lune de miel, ceux pour qui le télétravail est devenu permanent ont changé sensiblement de discours depuis mars dernier. En juin 2020 déjà, une étude menée par Malakoff Humanis montrait que les salariés exprimaient dans une proportion non négligeable des préoccupations de santé : 27 % des télétravailleurs à plein temps déclaraient que leur nouveau mode de fonctionnement avait eu un impact négatif sur leur santé physique, 45 % d’entre eux constataient une dégradation de leurs postures, 25% de leurs pratiques alimentaires, tandis que 33% des sondés évoquaient des troubles du sommeil. La totale.

Un an plus tard, si nous nous sommes malheureusement habitués à vivre avec le stress de la pandémie, le télétravail, plus sournois, joue toujours son rôle dans le détraquement de nos esprits et de nos corps. "Il y a tout d’abord des problématiques de délimitation des frontières entre le temps personnel et le temps social", expliquait récemment à l’AFP le psychologue du travail Lionel Cagniart-Leroi.

Plusieurs télétravailleurs que nous avons interrogés pour cet article reconnaissent que le temps gagné sur le trajet (88 minutes quotidiennes en moyenne en région parisienne, pour une moyenne française de 74 minutes) s’est transformé en temps de travail. « Je me dis aussi parfois que je ‘dois’ à mon employeur le temps passé à cuisiner un plat de pâtes ou à faire d’autres tâches plus légères, comme je ne suis pas complètement à fond quand je travaille à la maison », dit Samuel, un journaliste en CDD qui a déjà écumé deux rédactions en 100% télétravail depuis l’an dernier.

« Je m’étais mis en tête de quitter Paris si jamais le télétravail se prolongeait, mais désormais je n’ai qu’une envie : retourner au bureau deux ou trois jours par semaine. »

Cette culpabilité paraît pourtant mal placée : il semblerait que la productivité des Français soit loin d’avoir baissé en 2020 : "Le télétravail augmenterait la productivité horaire du travail, via notamment une amélioration des conditions de travail, qui permet au travailleur d'être plus concentré et de prendre davantage d'initiatives dans les tâches qu'il effectue, ou encore via un investissement plus important afin de ‘compenser’ son absence physique", pointe en effet une étude de l’INSEE, reprise en novembre 2020 dans un rapport de la Direction Générale du Trésor (Que savons-nous aujourd'hui des effets économiques du télétravail ?)

"Toutefois, tous les aspects du télétravail ne contribuent pas à augmenter la productivité, nuance-t-elle. La communication en face-à-face accroît la productivité de l'équipe par rapport à des échanges dématérialisés (…). Le télétravail limite les interactions sociales professionnelles, ce qui freine le partage de connaissances. L'optimum pourrait se situer à deux ou trois jours de télétravail par semaine."

Un constat partagé par Maud et Samuel, pour qui solitude, manque de motivation, mauvais équipement et désir inconscient de trop en faire furent les quatre mamelles d’un télétravail soudainement devenu désastreux. "Cela peut paraître paradoxal, mais j’ai cru que j’allais faire un burn-out en septembre, explique l’un d’eux. Alors que j’avais vécu le début de ma période de télétravail comme une expérience extraordinaire (…) Je revenais de vacances entre les deux confinements, j’avais vu du monde, tout allait bien, mais j’ai eu besoin de prolonger le temps passé chez moi à ne rien faire : je me suis rendu compte que de ne jamais voir mes boss, d’être constamment sur Slack sans pouvoir anticiper leurs réactions ou celles des collègues, d’avoir fait de ma chambre mon bureau, ça me rendait malade. Je m’étais mis en tête de quitter Paris si jamais le télétravail se prolongeait, mais désormais je n’ai qu’une envie : retourner au bureau deux ou trois jours par semaine."

Ils ont eu recours à des échappatoires

La solitude, relativement évitable en s’organisant un minimum désormais (les confinements ne sont pas aussi stricts qu’en mars, à l’exception des couvre-feux), n’est pas le principal problème. On peut éventuellement mettre un masque et aller voir ses amis… en journée. La problématique de cette connexion permanente est beaucoup plus pernicieuse et dangereuse. De l’autre côté du spectre, attention aussi au bore-out, ce "syndrome d'épuisement professionnel par l'ennui", qui peut éventuellement engendrer des maladies physiques.

C’est ce qui est arrivé à Clément, un technicien en informatique de 40 ans, et à Léna, une étudiante de 22 ans. Au chômage partiel pour le premier, à suivre des cours 100% en ligne pour la seconde, ils ont dû avoir recours à des mécanismes de survie pour ne pas sombrer. "Je me suis pris de passion pour les vieilles voitures et les vieux moteurs, et quand c’était très calme au boulot ou les jours de chômage, je retapais un véhicule ancien dans mon garage, avec l’ordi pas loin. J’ai passé des heures à chercher des pièces détachées sur Internet, comme ça je ne culpabilisais pas trop, j’étais disponible au cas où. Mais il fallait absolument que je fasse quelque chose, ou j’aurais pété les plombs." De son côté, Léna, qui ne se sentait plus physiquement capable de rester devant un écran pendant huit heures par jour à écouter vaguement ses profs, s’est mise à la cuisine, option pâtisserie.

Trop de travail ou pas assez... Selon l'étude "Impact du télétravail sur les pratiques addictives des Français en entreprise" (Odoxa) réalisée en novembre dernier, la moitié des Français a vu son risque de surcharge - voire de dépendance - grandir avec le télétravail. S’éloigner des écrans était pour certains une solution vitale. En télétravail, 81% des Français redoutent en effet l’exposition aux écrans; ce que les réunions en visioconférences et autres smartphones scotchés à nos mains entraînent inévitablement. Les autres addictions aussi ont augmenté leur emprise : consommation de tabac (75%), d’alcool (66%), de cannabis (55%), de médicaments (52%) et de diverses drogues (51%). "Une des solutions pour ne pas s'adonner à une surcharge de travail depuis chez soi réside dans la mise en place de limites", explique le psychologue.

Et si l’ergonomie était la clé d’un télétravailleur heureux ?

Bureau modulable pour alterner travail debout et assis, souris ergonomique préservant poignet, doigts et articulations, véritable siège de bureau à bonne hauteur… Depuis l’année dernière, les sites spécialisés en ergonomie se battent pour proposer les solutions les plus innovantes à tous les télétravailleurs oppressés. Et pour cause : on a beau aimer détester les open spaces, leurs moquettes douteuses et leurs machines à café, les bureaux du monde entier furent généralement pensés pour améliorer confort et productivité. Dès lors, une seule chaise vous manque est tout est dépeuplé.

"Lorsque vous êtes en position assise, il ne faut pas que vous ressentiez de pression au niveau de l’arrière des cuisses, explique-t-on sur le site ErgoFrance. Oups... Le bas du dos, c’est-à-dire la zone lombaire, et le milieu du dos doivent être bien maintenus. Ajustez la hauteur du dossier, l’angle et la tension d’inclinaison. Ceux-ci doivent être adaptés à votre morphologie (…) Vos avant-bras doivent être parallèles au sol (…) Réduisez les postures inconfortables au niveau des cervicales, en plaçant le moniteur à la hauteur de vos yeux, ou légèrement en dessous." Toute une batterie de bonnes pratiques sont disponibles en ligne.

"Le télétravail a été mis en place dans l’urgence, ça a généré beaucoup de stress chez les salariés. Résultat, ça entraîne des douleurs et de l’insatisfaction chez certaines personnes", ajoute Camille Sanclement, ergonome. Maud, la juriste, abonde : "Je n’étais tout simplement pas prête. J’ai pris le télétravail comme une parenthèse cool, mais si c’est envisageable de faire des contorsions pendant 15 jours pour bosser, au bout d’un an, on se rend compte que ces mauvaises habitudes vont perdurer et me casser si je ne fais pas attention." En plus de réorganiser son temps en s’octroyant des pauses, et de poser (à elle-même et à ses supérieurs) des limites, elle a investi dans un bureau et un siège de compétition.

Pour réduire la fatigue oculaire, ErgoFrance préconise également de faire des micro-pauses "en suivant la règle des 3 x 20 : une pause de 20 secondes toutes les 20 minutes, en regardant quelque chose situé à une vingtaine de mètres de distance." Après avoir lu ce long article, allez donc regarder au loin, tout en faisant des étirements bienvenus. Tout particulièrement si vous êtes actuellement en télétravail. Cela ne règlera pas tout (pensez à consulter un spécialiste en cas de détresse), mais vous gagnerez certainement quelques points de vie.

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