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Depuis 25 ans, ce club de rugby LGBT+ lutte contre l'homophobie

Si des clubs inclusifs existent en France, notamment à Paris et Toulouse, c’est à Londres qu’est née en 1995 la première équipe LGBT+ de rugby, les Steelers. Le docu éponyme d’un journaliste et ex-joueur lui rend ces jours-ci un vibrant hommage.

En finir avec le culte de la virilité

"Ivrognes, homosexuels, adultères, menteurs, fornicateurs, voleurs, athées, idolâtres, l'Enfer vous attend. Repentez-vous ! Seul Jésus peut vous sauver." Lorsque l’international Israel Folau, star australienne du rugby à XV, avait signé en 2018 ces propos homophobes sur son compte Instagram (avant de se faire renvoyer presque aussitôt de l’équipe nationale), il n’imaginait certainement pas, dans son ignorance aveugle, le nombre de joueurs de ballon ovale LGBT+ autour du monde. Récupéré en 2020 par les Dragons catalans de Perpignan (rugby à XIII), on espère de tout cœur qu’il aura l’occasion de disputer un jour une rencontre amicale contre Les Gaillards, afin qu’ils lui ouvrent l’esprit.

Les Gaillards, c’est ce club de rugby parisien inclusif créé en 2003 "dans un esprit d'ouverture et de promotion du rugby auprès du plus grand nombre". Plutôt destiné aux LGBT+, il ouvre ses bras à tous ceux qui ressentent une certaine appréhension à l’idée de rejoindre un club "traditionnel" où, en plus de l’homophobie, le culte de la virilité peut impressionner.

Les Éclaireurs vous présentaient le mois dernier l’équipe des Dégommeuses, ce club parisien de football lesbien et transgenre "qui s’attache à tacler tous les clichés" habituellement associés aux femmes pratiquant ce sport (on peut aussi noter le fameux PanamBoyz & Girlz United, un autre club de foot anti-discriminations à Paris). Bonne nouvelle, le "rugby pour tous" n’est pas en reste.

Malgré la réputation de dureté du milieu, les clubs inclusifs se multiplient : on en compterait désormais entre 60 et 80 (selon les critères) sur la planète ! Sans surprise, les îles pionnières sont celles où deux internationaux très en vue ont déjà fait leur coming-out : le Royaume-Uni, avec Gareth Thomas (le joueur gallois a parlé publiquement de son homosexualité dès 2009, au milieu de sa carrière pro) et l’Australie, où l’ancien Wallaby Dan Palmer, désormais à la retraite, est sorti du placard début novembre.   

La Bingham Cup, un trophée annuel pour clubs inclusifs

Tout avait pourtant commencé en amont de ces deux sorties du placard très médiatisées. Dans un pub de King's Cross à Londres, en 1995, des amis font germer l’idée d’un "club de rugby gay" : quelques mois plus tard, les Steelers étaient nés. 25 ans après, l'histoire de cette réussite est racontée dans un documentaire éponyme, actuellement en salles… en Australie ! Réalisé par Eammon Ashton-Atkinson, un journaliste australien maintenant installé aux États-Unis après avoir passé plusieurs années en Angleterre, il retrace l’histoire de ce club pas comme les autres. Mais il décrit surtout comment les Steelers ont changé sa vie, après des années de harcèlement et de doutes.

Au-delà du caractère éminemment personnel du film, la galerie de personnages est incroyable : Ashton-Atkinson s’attache à suivre quelques garçons sur le terrain et dans leur vie personnelle, les deux s’imbriquant forcément, tant la découverte de ce club ouvert d’esprit a contribué à l’épanouissement de chacun de ses membres.

La Bingham Cup, qui célèbre la mémoire de Mark Bingham (l’un des héros du vol 93, le 11 septembre 2001 à New York, ouvertement gay et rugbyman accompli), est la principale compétition rassemblant la majorité des clubs LGBT+. Elle fait office de décor au docu. Le San Francisco Fog, où jouait Bingham, fut l’hôte de la première édition du tournoi en 2002, avec un total de huit équipes participantes. Aujourd’hui, elles sont 74 formations à se disputer annuellement ce trophée, parmi lesquelles les Gotham Knights de New York, les Bruisers de Berlin, les Steelers de Londres, les Falcons de Wellington, les Wolves d’Ottawa… et bien sûr les Gaillards de Paris.

Toutes ces équipes sont regroupées sous l’égide de l’International Gay Rugby, une ligue créée en 2000 par un petit groupe de clubs inclusifs. Elle organise également d’autres tournois et événements autour du monde.

Le club de rugby gay de Rio de Janeiro, au Brésil, lors de la Marche des fiertés locale.

C’est à l’occasion de la dernière coupe (à Amsterdam en 2018) qu’Eammon Ashton-Atkinson a pris sa caméra pour filmer ses anciens coéquipiers et réaliser son documentaire. Après des années de dépression et de haine de soi, il avait rejoint les Steelers en tant que joueur en arrivant au Royaume-Uni. "Quand j’ai commencé à courir lors du premier entraînement, en surpoids et pas du tout en forme, j’avais un tour de retard sur tout le monde", écrivait-il dans The Guardian mi-novembre, pour présenter son travail.

"À l’arrivée, tous les joueurs du club étaient en train de m’attendre en applaudissant (…) Cela m’a fait oublier ce que j’avais subi étant jeune, le harcèlement, les doutes, la haine de soi. La leçon que j’en ai tirée est la suivante : il faut toujours chercher son bonheur, parce qu’il peut être caché là où l’on attend le moins. Pour moi, c’était sur un terrain de rugby."

Bon esprit et tolérance dans quelques clubs français

En France, "aucun critère d'âge, de sexe ou de niveau n'est imposé" pour rentrer chez les Gaillards (photo ci-dessus), qui participent également, au niveau national, au championnat de l'AFFR (Association France Folklo Rugby), la ligue hexagonale regroupant depuis 1996 les équipes amateures identifiées comme partageant "le goût du bon esprit et de la tolérance". Ils font aussi naturellement partie de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne.

Mais il n’y a pas qu’à Paris que les clubs LGBT+ et affiliés français ont émergé. À Toulouse, le Touwin Rugby Club se présente comme une association "sportive et militante pour la cause homosexuelle, qui réunit des personnes autour d’idéaux communs : respect, dignité et humanisme". Créée en avril 2006, elle compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, homos et hétéros.

Quand Dan Palmer, l’ancien international australien, a fait son coming-out le mois dernier dans une belle tribune publiée dans le Sydney Morning Herald, il a évoqué, tout comme le réalisateur Eammon Ashton-Atkinson, "l’ignorance d’Israel Folau", constatant l’impact potentiellement destructeur de ses propos sur des jeunes en quête de modèles. Après avoir décrit ses regrets "de ne pas s’être exprimé à l’époque" où les deux joueurs pros étaient coéquipiers, il se sent désormais soulagé de pouvoir renverser, en servant d'exemple, ces croyances éculées. Pas de crainte, il est définitivement du bon côté de l’Histoire, celui de l’amour et de l’acceptation. L’enfer, c’est pour les autres.

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