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Etre handicapé mental ET avoir un vrai boulot : ces Français montrent l'exemple

Partout en France, les initiatives aidant à l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap mental se multiplient. On fait le point sur les projets les plus emblématiques du moment.

Commençons par tordre le cou à un cliché : il existe de nombreuses situations où les personnes porteuses d'un handicap mental n’ont pas besoin de référents valides pour se débrouiller, monter leur propre entreprise et faire des affaires. On se souvient notamment de l’histoire médiatisée de John Lee Cronin, ce jeune Britannique atteint de trisomie 21 ayant créé en 2017 sa propre marque de chaussettes, très lucrative. Née de sa passion pour les modèles très colorés, John’s Crazy Socks, qui emploie désormais des dizaines de salariés, a fait de lui un entrepreneur millionnaire.

"Notre mission est à la fois sociale et commerciale, explique le fondateur. Nous voulons montrer ce qu’il est possible d’accomplir lorsqu’on donne une chance aux gens. Chaque jour, on prouve que les personnes porteuses de handicaps mentaux peuvent faire de grandes choses." Fort de sa phénoménale réussite, John’s Crazy Socks donne également 5% de ses recettes à l’organisation des Jeux Paralympiques et sort régulièrement des séries de chaussettes spécial handicap, afin d’œuvrer à ouvrir les esprits.

Un an plus tôt, on avait été ému et fasciné par le pari fou de Collette Divitto, une pâtissière (elle aussi trisomique) ayant ouvert à Boston sa propre boutique de gâteaux et autres sucreries, Collettey's Cookies, après avoir essuyé de nombreux refus d’embauche de la part d’entreprises aux pratiques discriminatoires. Il y a une semaine, son incroyable success story apparaissait même dans l’émission de Lester Holt sur NBC (vidéo ci-dessous).

Cependant, si certaines personnes handicapées n’ont nul besoin de sauveurs pour s’insérer dans la vie active, ce n’est pas le cas de toutes. Certains nécessitent un coup de pouce et une structure adéquate pour se lancer professionnellement. Ainsi, la France a bruissé ces dernières années de quelques initiatives éparpillées qui, non contentes de mettre le handicap mental au cœur des débats, sont promptes à changer le regard de la population valide.

Le Reflet, un restaurant à l'avant-garde à Nantes

En France, Nantes fut la ville pionnière dans l’ouverture d’un restaurant employant presque exclusivement des personnes atteintes de trisomie : l’association Trinôme44 - Les Extraordinaires, par la voix de sa présidente Flore Lelièvre (une architecte d’intérieur, dont le frère est trisomique), est en effet à l’origine du restaurant inclusif Le Reflet. Fermé jusqu’à nouvel ordre pour cause de Covid, son succès ne se démentait pas depuis fin 2016. Le mantra ? "Comment peut-on créer, grâce à l'architecture et au design, un lieu dans lequel des personnes porteuses d'une trisomie 21 pourraient travailler comme tout le monde ?"

Après de nombreuses réactions ravies de clients de plus en plus nombreux, l’ouverture d’un deuxième restaurant a eu lieu fin 2019 dans le Marais à Paris, en présence notamment de Brigitte Macron. Ainsi, Le Reflet embauche aujourd'hui 24 salariés, dont 14 personnes porteuses d'une trisomie 21, toutes en CDI. En France en effet, 65 000 personnes sont atteintes de trisomie 21, mais seules 500 travaillent au milieu de collègues valides. La majorité exercerait une activité en Établissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT). Il était grand temps de changer de stratégie.

En octobre, confinement oblige, l’asso a lancé Chefs Extraordinaires TV, une chaîne YouTube culinaire s’adressant aux personnes handicapées et à celles et ceux qui les soutiennent. Recettes et autres astuces y sont prodiguées. Dans les cartons, une formation professionnalisante en hôtellerie-restauration est même en gestation.

Des cafés "servis avec le cœur"

Rennes et Bordeaux n’ont pas encore de restaurant employant des personnes en situation de handicap, mais ces villes ont leur café-snack, et ce depuis 2017. Cinq bien-nommée Cafés Joyeux (trois à Paris, un en Bretagne et l’autre en Nouvelle-Aquitaine, donc) recrutent des personnes "majoritairement atteintes de trisomie 21 ou de troubles cognitifs comme l’autisme". L’idée forte : "rendre le handicap visible, favoriser la rencontre possible en milieu ordinaire et proposer toujours plus de travail à des personnes éloignées de l’emploi", expliquait à leur ouverture le fondateur Yann Bucaille Lanrezac, à la tête de l’association Émeraude Solidaire, ouvertement catholique.

Alors que le café-restaurant situé sur les Champs- Élysées et ceux de province sont restés ouverts en click & collect pendant le deuxième confinement, une efficace et intrigante campagne marketing s’est récemment étalée sur les panneaux d’affichage des grandes villes où les cafés sont présents. Sur fond jaune (le code couleur de l’entreprise), elle promettait "des cafés pas comme tout le monde".

Un magasin associatif tenu par des personnes autistes

À Toulouse, l'association InPACTS accueille des enfants, adolescents et adultes autistes, leur donnant les outils pour être autonomes et s'intégrer dans la société. Fin décembre 2016 est né le projet Witoa, qui a préféré s’éloigner de l’attendue restauration en se consacrant à un commerce de vente plus classique : un magasin de jouets. Les vendeurs neuroatypiques se confrontent ainsi au monde du travail en conseillant les clients, comme dans une boutique traditionnelle. Du rayonnage au secrétariat, tous les postes sont représentés, entourés par des éducateurs.

Si les clients sont reçus dans la boutique de l’avenue Frédéric Estèbe (quartier des Minimes) avec un petit dépliant explicatif, rien ne permet de distinguer une virée d’avant les fêtes de Noël d’une sortie shopping habituelle. Le magasin de jeux, aux multiples références récentes ou anciennes, est très bien achalandé. Des jouets en bois aux dernières nouveautés, on y trouve de tout. Carine Mantoulan, docteure en psychologie à l’origine du projet, "voulait allier deux plaisirs : le fait de permettre à des gens de trouver des cadeaux, et celui de permettre à des jeunes autistes de s'intégrer dans le monde professionnel", expliquait-elle à La Dépêche du Midi lors de l’ouverture. Un pari doublement réussi.

Chômage partiel et vente à emporter... comme tout le monde

Dans le centre-ville de Mulhouse, le Centre de Réadaptation de la ville ouvrait en septembre 2019 Un Petit truc en plus, le petit dernier des restaurants inclusifs inspirés par Le Reflet à Nantes. Malgré les difficultés liées à la pandémie de Covid, l’unique restaurant associatif et inclusif du Grand Est continue fièrement sa route. Les six salariés, d’abord mis en chômage partiel lors du premier confinement, se consacrent désormais à la vente à emporter et à la livraison à domicile en fin de semaine. "Nous avons maintenu cette formule depuis notre réouverture en juin, ce qui a permis à l’ensemble de nos salariés de retravailler", explique au journal de la Ville Aurélie Bernard, cheffe et gérante porteuse du projet.

Avant la crise, le restaurant aux quarante couverts affichait complet tous les midis. Soucieux de travailler dans des conditions "normales", il n’y a eu aucune adaptation pour les employés (qui travaillent 20 heures par semaine). "Nous adaptons notre façon de travailler, mais pour aller jusqu’au bout du projet, nous n’avons pas voulu de milieu protégé", explique Aurélie Bernard. La vie active a ses déboires, auxquelles les employé(e)s en situation de handicap font face avec force… comme tout un chacun.

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