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Les transports en commun gratuits : une fausse bonne idée pour le climat ?

Une trentaine de communes françaises testent aujourd'hui la gratuité des transports en commun. Mais si la mesure est intéressante d’un point de vue social, la pratique ne répond pas toujours à nos attentes en matière d’écologie.

C’est une logique qui paraît imparable sur le papier : si les transports en commun sont gratuits, ils seront davantage empruntés, et il y aura donc moins de voitures sur l’espace public. Donc moins de pollution atmosphérique et une qualité de vie améliorée en zones urbaines. 

Les français sont d’ailleurs plutôt pour. D’après un rapport du Sénat datant de septembre 2019, 83% des français se déclarent favorables à la gratuité des transports en commun. Pourtant, sur les 34 970 communes que compte le territoire, une trentaine seulement a mis en œuvre la pratique.

Mais si les résultats sont intéressants en matière de fréquentation, est-ce que cela joue pour autant un véritable rôle pour la transition écologique ?

Une fréquentation des transports en commun qui augmente...

En France 29 communes pratiquent la gratuité des transports à l’heure actuelle, avec comme objectifs principaux d’assurer le libre accès de toutes et tous aux transports, de limiter l’usage de la voiture individuelle ou encore renforcer l’attractivité du centre-ville. 

Ce sont majoritairement de petites communes, dont la moitié compte moins de 15 000 habitants. Châteauroux a été la première, en 2001, à mettre en place ce système. En 17 ans, la fréquentation des bus a été multipliée par deux dans la ville. Un chiffre positif, mais pas impressionnant. 

Dunkerque, avec ses 200 000 habitants, est la plus grande ville française à avoir testé ce modèle de la gratuité du bus. En un an, la fréquentation des bus a augmenté de 85%... Avant de diminuer à nouveau car, très vite, des problèmes sont arrivés : des bus bondés, une dégradation du respect des horaires, un réseau pas suffisamment dimensionné… et au final, des usagers qui ne sont pas fidélisés par le système. 

Dans les autres communes qui testent le système, le constat est similaire. La fréquentation des bus augmente, mais pas suffisamment pour réduire considérablement le trafic automobile. 

« Le nombre d'usagers augmente toujours lors de la mise en place de la gratuité, mais s'il n'y a pas d'amélioration de l'offre, le taux de fréquentation rechute ensuite »

Patrice Vergriete, Maire de Dunkerque

Mais un impact réduit sur l'usage de la voiture individuelle et la pollution

Le problème qui se pose au concept de gratuité des transports, c'est qu'on a découvert que les usagers des transports en commun... ne sont pas les automobilistes. 

Une étude réalisée par l’ADEME montre en effet qu’une partie du report modal vers les bus se fait au détriment de modes de déplacement écologiques comme le vélo et la marche. Ainsi, seuls 1 % à 2 % des conducteurs de voitures se tourneraient vers les transports publics, contre 2 % à 4 % des piétons et 5 % à 7 % des cyclistes. 

Une autre étude réalisée pour la ville de Paris démontre que la gratuité des transports parisiens ne réduirait le trafic automobile que de 2 %, tandis que le réseau de transports – déjà saturé – verrait un accroissement de 10 % de ses passagers. L’équation ne fonctionne pas. 

Pourtant, de plus en plus de grandes villes (Montpellier, Nantes) commencent à tester la gratuité des transports sur certaines plages horaires (le week-end par exemple) ou pour certaines populations (les enfants, les personnes âgées). Car en fait, la gratuité n’est pas qu’une affaire de pollution, c’est aussi - et surtout - un moyen égalitaire de permettre à toutes et à tous de se déplacer, notamment les personnes à faibles revenus. En ce sens, la mesure est davantage sociale qu’écologique. 

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