Ecologie : pour la première fois, un A380 a volé grâce à de... l'huile de cuisson

Faire voler un A380 grâce à de l'huile de cuisson… cela parait irréel est pourtant, ce carburant insolite et durable pourrait bien représenter l'avenir de l'aviation.
  • Ça ressemble au début d'une blague pas terrible, ou au scénario d'un film de science-fiction… Le 29 mars dernier, un Airbus A380 (le plus gros avion de transport de passagers) a volé pendant 3 heures grâce à de l'huile de cuisson usagée. Au-delà de l'aspect insolite, cette actu est surtout une bonne nouvelle pour la planète. Car oui, l'huile de cuisson pourrait bien, à terme, aider à décarboner le secteur de l'aviation. On vous explique. 

    Le carburant utilisé, fourni par TotalEnergies, était un mélange constitué d'huile de cuisson usagée et de déchets gras. Du SAF (« sustainable aviation fuel ») déjà été utilisé en mai 2021 lors d'un vol Air France Paris-Montréal, mais qui n'avait alors rempli que 16 % du réservoir.

    En matière de carburant alternatif, il n'y a pas que l'huile de cuisson. Si certains sont fabriqués à base d’huiles végétales ou recyclées, d'autres sont faits à base de déchets urbains ou agricoles. D'autres encore découlent de la fermentation de sucre, de maïs ou de betterave. En juin 2021, un avion alimenté à 97 % par du biocarburant à la betterave a d'ailleurs volé entre Sarrebruck (en Allemagne) et Reims.

    Une solution de transition 

    Non, tous les avions du futur ne voleront pas à l'huile de friture ou à l'alcool de betterave... Ces biocarburants peuvent cependant servir de solution de transition, en attendant l'avènement de l'avion à hydrogène. Airbus planche sur le sujet depuis plusieurs années. En septembre 2020, le leader mondial de l'aéronautique dévoilait ainsi trois concepts d'avion propulsé à l’hydrogène qu'il souhaite mettre en vol d'ici à 2035. 

    Mais le temps presse, comme le rappelle le dernier rapport du GIEC publié le 4 avril dernier : nous avons trois ans pour stopper la machine effrayante du réchauffement climatique. Nikki Reisch, directrice climat et énergie du Center for International Environmental Law prévient : 

    « Il n’y a pas de remède miracle contre la crise climatique, mais il y a une arme du crime : les énergies fossiles. Il n’y a plus de place pour leur expansion. »

    La chasse aux énergies fossiles

    En France, la principale source d’émissions de gaz à effet de serre, c'est le transport. La faute à qui ? Toujours les énergies fossiles. En même temps, un vol Paris à New-York en Airbus A380 consomme quelque 111 000 litres de kérosène ! 

    L'impact climatique d'un aller-retour Paris-New-York équivaut donc (environ) aux émissions annuelles de gaz à effet de serre que devraient produire les Français.es pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Problématique, non ?

    Et si nous arrêtions tout simplement de prendre l'avion ? En Suède, on a observé fin 2018 l'apparition du « flygskam », littéralement la honte de prendre l'avion. Un phénomène social qui se propage dans le monde et fait écho à un autre, également né de l'urgence climatique : l'éco-anxiété. Une étude réalisée en 2021 et publiée dans la revue The Lancet a révélé que 75% des jeunes (entre 16 et 25 ans) interrogés (dans 10 pays différents) jugent l'avenir « effrayant »; 46 % estimant même que l'éco-anxiété a déjà un impact sur leur vie.

    Quand on apprend que le trafic aérien mondial devrait doubler d'ici à 2037... On se dit qu'il y a de quoi s'inquiéter ! Reste donc à espérer que les tests de vols au biocarburant continuent et que la décarbonisation du secteur de l'aviation se fasse le plus rapidement possible. 
     

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