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Un toit vers l’emploi : des mini-maisons pour accompagner la réinsertion des sans-abri

À Rouen, Franck Renaudin a eu une idée de génie : détourner les « tiny houses », ces petites habitations très à la mode, pour en faire des solutions mobiles pour personnes précaires, tout en les accompagnant vers un retour à l’emploi, parfois impossible sans véhicule.

Quand on pense tiny houses, le cliché veut que l’on imagine un couple de quadragénaires citadins sans enfants muni d’un agréable coussin financier, ayant opté pour un mode de vie minimal, façon Marie Kondo prêts à arpenter la campagne en quête d'un havre de paix pour échapper aux tracas de la ville. D’une part car ces jolies maisons miniatures ne sont pas aussi abordables que leur taille laisse paraître, d’autre part à cause de leur esthétique new age, très en vogue.

En lisant un article sur ces fameuses tiny houses, le cerveau de Franck Renaudin n'a fait qu'un tour. Loin desdits clichés, le créateur de l’association Un toit vers l’emploi y a plutôt vu un moyen de loger les personnes les plus précaires. En décidant d’accoler à ces habitations une réalité sociologique bien plus tragique : le sans-abrisme.

Après avoir passé des années à étendre autour du globe son réseau Entrepreneurs du monde, une ONG humanitaire spécialisée en développement économique, formation professionnelle et accès à l’énergie, il prend un peu de distance avec cette vie en s’installant à Rouen, où l’une des problématiques locales les plus visibles de la grande précarité s’impose naturellement à lui : le mal-logement.

Comme fil rouge, l’idée-force que pour retrouver un emploi et une vie sociale, il faut d’abord avoir un toit au-dessus de la tête. « Les candidats, malheureusement, ne manquent pas. Bien entendu, on est obligé, ne serait-ce que pour se conformer à la légalité, de mettre en place un certain nombre de critères, comme le fait d’être présent légalement sur le territoire », explique-t-il. « Plus concrètement, on sélectionne également les profils de personnes exprimant clairement une envie de retravailler, car certains ne le souhaitent pas… Mais on a déjà six personnes sur liste d’attente ».

Prochaine étape : la construction en autonomie

Dans les faits, il fait appel à des artisans pour construire quatre petites maisons, mobiles et surtout plus esthétiques qu’une simple caravane. Avec la promesse de les déplacer si jamais le locataire trouvait un emploi loin de chez lui. Un problème fréquent pour les sans-abri et les personnes au RSA, très souvent non motorisés. Même si « pour le moment, les locataires ont trouvé des emplois dans la métropole rouennaise », précise Franck Renaudin.

Les premières maisons debout, l'aide prendra désormais la forme d'une association, La Case Départ, qui va combiner la construction en autonomie de ces tiny houses, et un volet social, sous la forme d’un lieu d’accueil de jour de 350m2, qui ouvrira très bientôt ses portes à Rouen. « On récupère les clés du local dans la semaine. » L’un des objectifs sera bien sûr d’aider à la recherche d’emploi, dans un lieu convivial.

Côté maisons, si un financement participatif a permis de loger Alexandre et Vincent (les deux autres locataires vont arriver très bientôt) dans une maison individuelle, maintenant que le modèle semble fonctionner, « on a décidé de lancer la production nous-mêmes, en recrutant trois personnes pour cette première année, et en espérant pouvoir étoffer l’équipe plus tard. » Objectif : 15 maisons en 2021 et, à terme, 80 tiny houses par an. Les terrains, eux, sont jusqu’ici mis à disposition de façon gracieuse par la ville.

« Le fait d’avoir un toit, ça donne plus de confiance et de force de persuasion lors des entretiens d'embauche. »

Un loyer plafonné à 20% des revenus

Logement et emploi : les deux problématiques sont tellement liées qu’il est difficile, pour Alexandre et Vincent, de déceler qui de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier. « Ils nous répètent que le fait d’avoir un toit les a transformés, que ça leur a donné plus de confiance, de force de persuasion lors des entretiens d'embauche. Le fait d’avoir un rythme aide aussi beaucoup. »

Du coup, retrouver du travail a quasiment coïncidé avec l’installation dans les maisons proposées par Un Toit vers l’emploi. Quant au loyer, il est plafonné à 20% des revenus, avec une durée d’occupation laissée au libre choix des habitants. Un gros turnover serait, de fait, une bonne nouvelle pour l’association : il signifierait que les habitants ont trouvé, à la suite de leur emploi, une solution d’habitation plus pérenne.  

« On a la chance d’être tombés sur une municipalité qui nous autorise à installer les maisons ; on a déjà plus de terrains disponibles que de tiny houses construites, vu qu’une entreprise locale qui va effectuer des travaux sur un terrain en 2023 en périphérie de Rouen, nous a proposé de l’occuper. Un couple de boulangers s’est aussi porté volontaire », conclut Franck Renaudin, fier de son projet.

En espérant que la success-story de ces drôles de petites maisons dédiées aux SDF incitent les acteurs à élargir leur offre de terrains sur tout le territoire.

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