En Australie, les victimes de violences conjugales reçoivent une aide pour changer de vie

Le gouvernement a créé une aide financière versée aux femmes qui veulent fuir leur mari violent. Une subvention pour survivre qui n’est cependant pas du goût de tous...
  • Fuir est cher La France a enregistré ce mois-ci son 102ème féminicide de l’année. Une centaine d’assassinats perpétrés par les conjoints. Un nombre écœurant qui cache pourtant celui des femmes qui fuient leur foyer. Hélas, selon le rapport de la Fondation des femmes, 4 femmes sur 10 victimes de violences n'arrivent pas à trouver un hébergement de secours.

    Sans solution de repli, partir nécessite de l’argent. Pour trouver un logement, déposer sa caution et payer le déménagement, voire régler un avocat. Quelques milliers d’euros au bas mot. C’est sur ce point que l’Australie a fait un geste en mettant la main au portefeuille.

    Savoir rebondir

    Selon une étude australienne de 2017, les femmes qui quittent le foyer conjugal en urgence ont dû débourser près de 11 500 € en dollars australiens. C’est pourquoi, le gouvernement a lancé un programme d’aide qui verse une aide aux victimes de violences conjugales souhaitant quitter leur conjoint et reprendre leur autonomie.

    Versé par le fonds de solidarité UnitingCare, l’aide peut aller jusqu’à 3200 € selon la présence d’enfants et la situation du demandeur ou de la demandeuse. Car cette aide est aussi accessible aux hommes, même si tous les chiffres présentent des situations de victimes largement féminines.

    « En Australie, 1 femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 9 jours. »

    Une telle demande n’est pas une surprise tant l’Australie est en retard en matière de parité : le pays de Crocodile Dundee est classé 50e en ce qui concerne l’égalité salariale homme-femmes, alors qu’il était classé 44e en 2020. Cyniquement, le rapport concluait qu’il faudrait attendre encore 135 ans pour atteindre la parité. D’autant qu’en Australie comme ailleurs, les femmes ont plus souvent perdu leur emploi depuis la pandémie et les confinements ou vu leur nombre d’heures de travail réduire. Autant de paramètres qui les condamnent à dépendre de leur conjoint, même violent. Au point qu'une femme meurt de violences domestiques tous les 9 jours.

    Une idée pour la France ?

    Chez nous, bien que le nombre de morts ait réduit de 28 % en un an, celui des violences conjugales a bondi de 10% en 2020. La pandémie a fortement accentué les tensions au sein des couples et compliqué le départ de femmes battues. C’est peu dire qu’aider les victimes est une urgence absolue.

    Récemment, Gérald Darmanin reconnaissait que l'accueil des victimes de violences pourrait « très certainement s'améliorer ». Mais le ministre de l’intérieur a préféré lancer un dispositif permettant aux gendarmes et policier de se déplacer à domicile pour recueillir une plainte pour violences conjugales (chez la victime ou un lieu neutre, comme chez un médecin).

    Si cela ne remplacera pas un refuge, cela a l’avantage de ne pas discriminer la fuyante. Car c’est le problème que laisse l’aide australienne. En finançant celle qui part, on maintient un fondement néfaste : c’est la martyre qui doit se défaire de cette relation toxique pour partir fonder une nouvelle vie.

    Ne pas se tromper de cible

    « Pourquoi [la victime] doit-elle encore traverser ce traumatisme extraordinaire et cette dislocation de sa vie alors qu'elle n'est pas celle qui a commis le mal ? » s’irrite auprès de CNN Mary Crooks, la directrice du Victorian Women's Trust. Pour que justice soit faite, le fautif devrait régler l'ardoise ; pas la fuyante, ni l'Etat.

    C’est pour cela que les associations d’aides aux femmes battues réclament toutes la parité des revenus - celle-là même que l'Islande a imposé aux entreprises - et l’ouverture de lieux d’accueil. Et sur ce point, on ne pourra pas jeter la pierre aux Australiens : la Nouvelle-Galles du Sud a débloqué 300 millions d’euros pour construire 75 nouveaux refuges. Allo la police ?

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