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Vive la musique avec des éco-instruments

Quand la musique est bonne, les instruments sonnent ou vice-versa, c’est bien connu. Lionel Haïun, un artiste plasticien et musicien conçoit et confectionne des instruments de musique en recyclant des déchets. Avec son association Talacatak, il organise des ateliers de fabrication de ces instruments à destination du grand public. A la fin, les musiciens-bricoleurs n’ont plus qu’à se produire à l’occasion d’éco-concerts.

Latataï, Rikiflute, Rikitritonique, Raphagnette, Vibraslap... Ils portent des noms bizarres et pourtant ce sont tous d’authentiques instruments de musique, sortis des ateliers de fabrication de Talacatak. Au total, Lionel Haïun, le fondateur de cette association et ses équipes, en ont mis au point plus d’une centaine : des percussions, des instruments à vent, à corde etc. la palette est très vaste. Leurs points communs : ils ont tous été assemblés avec du matos de récup’. « On peut partir de déchets du quotidien, boîte à savon, bouteille de shampoing, sac plastique, tuyau de canalisation, cannette, capsule jusqu’aux déchets industriels qu’on récupère grâce à des partenariats que nous avons noués avec des entreprises » énumère Lionel, le plasticien musicien. En moyenne, Talacatak collecte 8 tonnes de déchets par an. De quoi fabriquer plus de 6000 instruments, rien qu’en 2020 !

Plusieurs approches dans la conception et la fabrication des instruments

L’association a deux approches dans la fabrication de ses objets musicaux : soit elle s’inspire d’instruments existants -souvent brésiliens d’ailleurs car la musique sud-américaine, c’est le dada de Lionel Haïun- soit elle part du déchet en imaginant ce qui pourrait être inventé. En outre, il y a, d’un côté, la conception d’instruments d’un niveau pro qui nécessite des compétences en lutherie et ébénisterie.  Elle n’est accessible qu’à l’équipe professionnelle de Talacatak. De l’autre côté, la fabrication des mêmes instruments -en version simplifiée- est proposée aux participants des ateliers. « Par exemple, un chocalho rudimentaire peut être fabriqué par un enfant de 4 ans avec une planchette de bois, un fil de fer et des bouchons plastique. Pour le modèle de qualité supérieure, on cloue des capsules en métal. Enfin, pour le modèle le plus évolué, on coupe des fonds de canette, on les remodèle à la louche puis on les martèle pour leur donner un timbre. C’est plusieurs jours de travail pour un professionnel » explique le boss de l'association.

La génèse de Talacatak

Tout a commencé il y a 17 ans, à son retour du Brésil, où Lionel vécut. Il avait besoin d’une percu mais, pas de bol, il était fauché…comme beaucoup de ses amis musiciens :  « Mon porte-monnaie était aussi vide que ma tête était remplie d’idées. J’ai trouvé un bidon aux dimensions de l’instrument que je voulais et je l’ai transformé. Le résultat acoustique m’a épaté…je m’en suis sorti pour 30€ alors qu’elle valait 200€ dans le commerce. Du coup, j’ai monté Talacatak pour partager des plans pour musiciens fauchés et fabriquer des instruments avec des objets de récup ». Puis Lionel Haïun a continué sur sa lancée. Il a professionnalisé la structure avec des artistes qu’il a salariés pour concevoir et animer des ateliers de fabrication. « A l’époque, j’intervenais parfois dans le secteur éducatif et je me suis dit que j’allais essayer avec les enfants de faire fabriquer les instruments puis jouer avec. J’ai vu qu’il se passait quelque chose d’hyper intéressant ». Dans son modèle économique, l’association vend donc des instruments et a mis en place des offres pédagogiques.

« La musique est accessible à tout le monde sans exception. »

Aujourd’hui, Talacatak intervient aussi bien dans des centres d’animation, des centres culturels, des bibliothèques que dans des entreprises ou des administrations. Elle propose plusieurs types d’ateliers axés sur le recyclage de déchets et la confection d’instruments. En tout, cela représente autour de 200 heures hebdomadaires. « Mon objectif c’est faire le distinguo entre l’acte musical et la technicité. Pour être dans la musique, dans l’énergie de la musique, il y a besoin de zéro technique. Plus le corps va être relaxé mieux ça va sonner. La musique est accessible à tout le monde sans exception ».

« Mon cœur a pleuré de bonheur. »

L’association accueille 8000 personnes, enfants, ados, adultes par an dans ses ateliers. Des formations musicales ont même vu le jour comme des battucadas et surtout une Pagode, une formation jusqu’à 7 musiciens avec des instruments à cordes, des percussions légères et beaucoup de chant et de chœurs pour un résultat mélodique et harmonique très développé. « Je veux continuer à transmettre. J’ai rencontré récemment un ancien stagiaire que j’avais eu, il y a 10 ans, dans un atelier pour des gamins qui ne partaient pas en vacances. Il m’a expliqué qu’il était devenu musicien, qu’il fabriquait lui-même ses instruments et qu’il intervenait en milieu scolaire…et là mon cœur a pleuré de bonheur » raconte Lionel avec émotion.

Il a une approche par le plaisir pour utiliser le déchet et faire comprendre qu’il est précieux. Il refuse de faire culpabiliser ses interlocuteurs. « En fabriquant un instrument, nos participants réalisent qu’ils se sont fait plaisir tout en agissant pour l’environnement. Ils reconsidèrent alors le déchet comme quelque chose d’utile ». Finalement, les musiciens-bricoleurs de Talacatak font de l’écologie sans le savoir comme monsieur Jourdain faisait de la prose.

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