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Ces Français qui ont décidé de faire moins d'enfants pour sauver la planète

Ils ont moins de 30 ans, ont théorisé et mis en pratique le fait de ne pas se reproduire (ou de s'arrêter à un enfant) afin de laisser une chance à une planète en souffrance. Pour assurer cette "respiration démographique", certains se font même stériliser.

Nous avions abordé le sujet dans Les Éclaireurs au mois d’août dernier, dans le cadre d’un article complet sur l'eco-anxiété : de plus en plus de couples sont réticents à faire des enfants, principalement par souci écologique. Anaïs Da Silva, blogueuse, se posait alors sérieusement la question. "Je suis inquiète de devenir mère dans un monde qui est en train de s’éteindre. J’imagine ce monde futur... Le manque de respect que nous avons envers notre planète. Ça me stresse et ça me bloque énormément. Ça crée de la colère et de l’indignation."

Ce chemin de réflexion, a priori drastique et alarmiste, n’est plus si rare en France. Si 85% des citoyens de notre pays se disent préoccupés par les conséquences à long terme du réchauffement climatique, les 18-24 ans seraient les plus inquiets. Or, c’est bien cette génération qui, mathématiquement, devrait être en train de se reproduire pour assurer en ce moment-même la survie de l’espèce.

Une enquête participative lancée par Arte en mai 2020 (intitulée "Il est temps", elle a mobilisé 400 000 répondantes) montrait que la remise en question de la procréation était l’une des réactions majeures aux menaces environnementales présentes. Pour 65%, des sondées, "faire des enfants au XXIe siècle était devenu un cas de conscience".

Il faudrait à l’humanité 1,7 planète pour subvenir à ses besoins

Marie, mère de famille vivant à Grenoble, ne dit pas autre chose quand nous l’interrogeons par téléphone : "j’ai toujours rêvé d’avoir une grande famille, à l’image de ce que j’avais connu étant petite, mais après avoir eu ma fille il y a cinq ans, je me suis rendu compte qu’il était carrément inconscient de recommencer. Pas par souci financier, mais bien par conscience environnementale. Beaucoup de mes amies ont deux enfants, et je culpabilise de ne pas vouloir donner de petite sœur ou de petit frère à ma fille, mais notre décision est arrêtée. Je souffrirais trop d’avoir à me soucier de l’avenir de deux âmes dans ce monde de dingue."

Le stress et l’incertitude liés à la durée de la crise de la Covid-19 devraient confirmer cette tendance, si l’on en croit les chiffres de l’INSEE publiés il y a quelques jours. Alors que l’on s’attendait à un baby-boom mécaniquement causé par le premier confinement de mars 2020, seuls 53 900 bébés ont vu le jour en France en janvier 2021. Soit une chute de la natalité de -13% par rapport à janvier 2020. Les couples étant théoriquement "coincés" sous le même toit pendant deux mois, il s’agissait donc bien d’une décision mûrement réfléchie de ne pas se reproduire, en attendant peut-être que l’avenir s’éclaircisse. Mais s’éclaircira-t-il ?

Selon l’ONG Global Footprint Network, il faudrait actuellement à l’humanité 1,7 planète pour subvenir à ses nombreux besoins. D’après Environmental Research Letters, avoir un enfant de moins diminuerait les émissions de CO 2 de 58,6 tonnes par an. Pour certains Français, le résultat de cette équation est très simple : ligatures des trompes ou vasectomie = sauver la planète. Autorisée par la loi depuis 2001, la ligature des trompes à visée contraceptive est pourtant peu répandue en France. Même chose pour la vasectomie, son pendant masculin : elle n’a concerné que 9000 hommes en 2018.

24% des Français influencés par le réchauffement climatique sur leur décision d’avoir des enfants

 "J’ai longtemps hésité, nous dit Joël, un ingénieur agronome originaire du Gard. D’une part, j’en avais marre de mettre des préservatifs avec ma copine, qui ne prenait plus la pilule et ne voulait pas d’un stérilet. D’autre part, lorsque c’est devenu sérieux entre nous, on a réellement organisé un vrai ‘débat’ sur notre avenir et surtout celui de la planète, vu qu’on avait déjà tous les deux une fibre écolo assez poussée. Elle ne voulait pas d’enfants, moi encore moins, l’affaire était réglée." Depuis, il est passé sur le billard, pour éviter à sa compagne de porter tout le poids de la contraception. Et ne regrette absolument pas. "Cela donne un sentiment de liberté incroyable."

C’est parfois le regard extérieur qui bloque les candidats. Les femmes sentent sur elles le jugement des mères, qui trouvent aberrant de ne pas vouloir donner la vie. Et les hommes éco-anxieux souffrent de la mauvaise image de la vasectomie, alors que la fertilité est encore associée à la virilité. "L’intervention ne modifie ni la libido, ni les sensations. Cette idée d’impuissance est erronée", assurait il y a quelques jours Olivier dans Le Ploërmelais, un journal local breton. Preuve s’il en est que la tendance est en train de changer et de toucher toutes les strates de la société.

Selon un sondage YouGov publié en 2019, 24% des Français sont influencés par le réchauffement climatique sur leur décision d’avoir des enfants ou non. Là encore, 38% ont entre 18 et 24 ans. Une génération-clé pour l’avenir de la natalité française. "On est désormais au courant de la surpopulation mondiale, d’une sixième extinction de masse en cours, d’entreprises de plus en plus polluantes, de la surconsommation... Ne rien faire serait criminel. Et enfanter dans ces conditions est pour moi le pire des crimes", conclut Géraldine, une étudiante militante toulousaine de 23 ans. Elle le sait, elle n’aura pas d’enfants. Et préfère consacrer son existence à la protection de la planète.

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